‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 102 sur 190 · RETRAITE EN DÉSORDRE · texte numérisé non relu

RETRAITE EN DÉSORDRE

sillés sur tous Îles points, et principalement leur cavalerie qui fut à moitié détruite par notre infanterie, dans un défilé sur la gauche de notre armée, entre les villages de Fontana- Fredaet de San-Martino, où notrerégiment fut aussi engagé dans une affaire avec les 6e hussards, 6e chasseurs, 25° chasseurs ; ce dernier régiment fut le plus malheureux, car il fut battu et défait. Enfin, malgré la belle défense des troupes françaises dans cette journée, la division qui opérait sa retraite sur la direction de la Motta, perdit sa contenance à cause des obstacles du terrain, dans de mauvais chemins de traverse, dans des champs coupés par des ruisseaux et des fossés pleins d’eau, ce qui obligeait les soldats de s’écarter les uns des autres; puis ils les traversaient dans l’eau et dans la boue jusqu’au ventre pour rejoindre leurs rangs. Tout devint bientôt une espèce de confusion dans ces chemins abominables, où les pièces de canon, les caissons et les autres chariots étaient venus se précipiter et étaient la plupart embourbés, si bien que la principale route était encombrée de tout ce bagage qui retardait la marche des troupes. Infanterie, cavalerie, artillerie, tout allait pêle-mêle ; les uns culbutaient les autres pour tâcher de suivre leur rang ; si l'ennemi nous eût vus dans cette situation, il aurait dit que les Français étaient dans une déroute complète, ce qui dura le reste de la journée et une partie de la nuit.

Cependant notre régiment se démêèla de cette bagarre et garda la queue de la colonne avec quatre pièces de canon, afin de couvrir cette retraite mal organisée. Par bonheur, l'ennemi ne nous forçait pas sur cette direction; s’il eût pu le faire, il aurait beaucoup augmenté notre embarras.

À la fin du jour, notre régiment vint établir son bivouac devant la petite ville de la Motta, nos quatre pièces de eanon placées à la tête du pont sur la Meduna, par où l’ennemi pouvait venir nous couper la retraite; mais cette auit se passa tranquillement.

Aujourd’hui 17, notre régiment arriva sans gêne s'établir aux environs de Sacile. Alors il me prit envie d'aller faire un tour en ville, sans autre motif que celui d’aller trouver mon ancien hôte, chez lequel j'avais logé plusieurs jours lors de notre passage du mois de mars. Je me plais à te

dire que j'arrivai bien à propos pour préserver mon pauvre patron d’avoir sa maison dévastée par 7 à 8 soldats d’infanterie.

Ce même jour, je me procurai dans Sacile une bonne trompette auprès d’un soldat du 6e hussard qui l'avait prise à un trompette kaiserlite.

Il faut te dire aussi, mon ami, que notre musique est fondue ; nous sommes rentrés faire notre service chacun dans nos compagnies, sauf quelques-uns qui restent aux équipages du régiment avec notre maître de musique et les instruments les plus embarrassants. Je conserve toujours ma clarinette que je porte avec moi; et, si quelquefois, en route ou au bivouac, il me prend fantaisie de jouer des airs de musique pour égayer mes camarades, je suis là.

Adieu.

L’ALERTE. — ÉMBARRAS EXTRÈME PENDANT LA NUIT. —— ATTAQUE D'UN VILLAGE. — UN CHEVAL PRIS A L’ENNEMI.

Près de Casa-Nova, le 20 avril .

Mon cher ami, c’est toujours de plus fort en plus fort, toujours nouveaux incidents; nous n’avons pour ainsi dire pas le temps de respirer. Le 18, notre régiment, après avoir parcouru et éclairé tout le pays aux environs de Conégliano, vint vers l’après-midi passer le Piave avec le reste de l’armée.

L’ennemi nous suivant de près, l’on coupa aussitôt le pont de la Piave, et nos troupes s’établirent avec de l’artillerie, le long de la rive droite. Par ce moyen, nous pensions être en sûreté ; notre régiment vint établir son bivouac dans des champs peu éloignés de la rivière, où nous nous attendions à passer la nuit. Alors chacun fit ses dispositions en conséquence ; les chasseurs allèrent aux fourrages et aux vivres dans quelques fermes des environs, et bientôt des provisions de toutes espèces furent apportées au bivouac pour préparer la cuisine. Mais cette sécurité ne dura pas longtemps; la fatalité, qui nous poursuit, voulut que rien ne nous profitât. Tout à coup, une grosse pluie vint abimer nos bivouacs; puis, la nuit étant survenue, plu-

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