UNE CHARGE DANS UN VILLAGE
ter le poste ennemi ; n’attendons pas qu'il vienne nous reconnaître, allons-y nous-mêmes; nous voilà huit bons garçons bien montés, chargeons-les vivement, nous allons les surprendre et nous en attraperons quelques-uns ; marchons, je réponds de tout. » Le brigadier et les chasseurs furent de mon avis. Nous nous portâmes en avant, tant sur la route que sur le côté, ayant soin de nous tenir masqués par des arbres. En arrivant à un endroit où le chemin fait un détour, nous aperçûmes deux hussards en vedette à moins de 50 pas devant nous, lesquels nous tirèrent dessus chacun un coup de carabine et firent demi-tour aussitôt pour se retirer sur le village. Au même instant, nous nous lançâmes tous les huit au grand galop, nous suivimes de près les deux vedettes, en criant tous : « Escadrons en avant ! en avant! » Et je sonnais la charge tant que je pouvais. En moins d'une minute, nous arrivâmes le sabre en main, tous les huit, sur le poste ennemi que nous vimes se . Sauver au plus vite. Notre coup était manqué, puisque les hussards nous échappaient; mais au moins nous étions bien aises de les avoir épouvantés et de leur avoir donné cette alerte. Nous les poursuivimes jusque vers le milieu du village. Dans ce moment, nous vimes un hussard seul, venant à nous au petit galop, d'un air décidé, le sabre à la main, lequel apparemment s'était absenté de ses camarades et allait pour les rejoindre. Nous lui barrâmes aussitôt le passage en disant: « Toi, tu ne passeras pas! » Mais il espérait nous braver tous les huit, lorsque nous le serrâmes contreune maison en luicriant : «Rends-toi, hussard, où tu es mort ! » Il voulut passer outre en lançant son cheval vivement, il porta même un coup de sabre à l’un de nous, qui le para. Au même instant, sans lui donner le temps de redoubler, nous lui fimes une distribution de coups de sabre. Je me trouvais justement à la portée de saisir les rênes de son cheval, au moment où il tombait sous les Coups; je dégageai le cheval et l’emmenai avec nous. En nous retirant au bout du village, nous vimes notre lieutenant avec ses deux pelotons de chasseurs qui accouraient au-devant de nous ; alors j’allai lui présenter notre cheval de prise et lui rendre compte de notre petite expédition. « Ah! mes gaillards, nous dit-il, je ne vous avais pas dit de
les chasser, vous nous exposez à nous faire avoir aussi une poussée ; maintenant prenons garde à nous! » Notre lieutenant décida qu'il fallait s'établir et se garder au même poste que nous venions d'enlever aux hussards ennemis. Alors nos chasseurs s'’occupèrent de requérir chez les paysans des charrettes, des charrues, des herses, avec quoi nous leur fimes faire une barricade sur la route, au milieu du village. Cependant les hussards reparurent bientôt, plusieurs vinrent nous attaquer à l'endroit où l’on faisait la barricade ; leurs coups de carabine ne nous épouvantèrent pas ; nos chasseurs leur répondirent sur le même ton; nous étions plus malins qu'eux. Il y en eut un qui voulut nous voir de trop près, mais il paya sa curiosité; un de nos chasseurs lui tua son cheval d’un coup de carabine.
Dans ces entrefaites, la nuit tomba; un bataillon d'infanterie italienne, que nous attendions, arriva se poster avec nous; ainsi nous gardions un bout du village, et l’ennemi gardait l’autre.
La nuit se passa tranquillement, sans alerte.
Aujourd’hui 20 avril au matin, notre grand'garde se retira du poste de Casa-Nova: plusieurs bataillons d’infanterie arrivaient pour soutenir la retraite et former l’arrière-garde sur ce point.
Comme j'avais soigné moi-même le cheval de prise, qui se trouva être très bon, de race hongroise, je le montai pour m'en retourner avec notre grand'garde, emmenant mon Rondeau en main.
Vers les neuf heures du matin, notre détachement rentra au régiment où notre lieutenant rendit compte de son service. Alors j’arrivai en faisant caracoler mon hongrois devant mon capitaine qui le désigna aussitôt pour monter un chasseur de la compagnie qui‘ en avait besoin. A propos de cela, il est bon de faire savoir qu'il a été dit à l’ordre du régiment, dès le commencement de cette campagne, que chaque cheval pris à l'ennemi serait payé 75 francs, à titre de gratification aux chasseurs qui l’amèneraient et que les chevaux de prise appartiendraient au régiment. Par conséquent, la gratification pour celui que je viens d'amener me sera payée et je partagerai cette somme