PASSAGE DE LA BRENTA
se retirent dans le mème espace de temps. Nous passâmes la Brenta avec beaucoup de difficultés ; l’eau montait déjà jusque sur le pont qui éprouvait des secousses continuelles. Des sapeurs attendaient que nous fussions passés pour le couper. Il nous fallut traverser ensuite plusieurs autres torrents que cette rivière jetait hors de son lit, notamment un qui fut le plus dangereux et dont l’impétuosité était capable d’emporter des pelotons entiers si on se fût désuni; il n'avait pourtant environ que quatre pieds d’eau et T à 8 toises de largeur; nous le passâmes en rangs serrés par pelotons, tant au gué qu’à la nage. Plusieurs chasseurs furent culbutés dans l’eau avec leurs chevaux, jusqu’à notre colonel qui y culbuta, ainsi que plusieurs officiers ; mais on les releva tous. Il n’y eut qu’un chasseur (Perussel) qui fut entrainé par la rapidité du courant; ce malheureux se noya, lui et son cheval, dans ce maudit torrent qui les entraina sans qu’on püût les réchapper.
Les chemins et les champs des environs étant inondés par cet immense débordement, il nous fallut encore marcher dans l’eau plus d’une demi-heure. Enfin le pont de cette maudite Brenta esl coupé, ce qui doit arrêter l'ennemi plusieurs jours, jusqu’à ce que les eaux soient écoulées.
Après le passage de la Brenta, notre régiment se dirigea par Casano dans la campagne de Padoue, où nous vinmes nous reposer dans un très bon village appelé Bagnaraolles : là, nous fimes bonne cuisine et bonnes provisions, galini e vino tante che volemo.
Adieu, nous marchons pour Vicence, où je verrai, j’espère, mes anciennes connaissances.
VISITE CHEZ IL SIGNOR ALBANTINI — LE RÉVEIL. — MoN DÉGuI- SEMENT. — TOUJOURS LA RETRAITE. — COMBAT PRÈS DE MONTE- BELLO.
De Vicence et de Montebello, le 26 avril.
Le 22 avril, nous arrivâmes à Vicence. Cette ville se trouvait tellement remplie de troupes de toutes armes, d’états-majors, d’équipages, etc …, que c'était une confu-
sion. Notre régiment se plaça dans un des faubourgs, nos chevaux attachés aux piliers des maisons sous les arcades, c’est-à-dire que nous avions établi notre bivouac dans les ‘ rues : défense était faite d'entrer chez les habitants, à moins qu'ils ne nousrecussent de bonne volonté ; nous avions des vivres et chacun faisait de son mieux. Vicence était un vaste camp où les habitants mêmes étaient confondus avec les militaires. Pendant cinq jours que notre régiment demeura dans cette situation, nous fournissions alternativement un escadron de grand’garde hors de la ville.
Malgré cet embarras, je trouvai bien les occasions d'aller rendre visite à mes connaissances ; je ne manquai pas d'aller chez il Signor Albantini, mon patron, chez lequel j'avais déjà été logé lors de mon premier séjour à Vicence. Je fus de nouveau bien reçu et vu avec plaisir dans cette maison par il Signor Albantini, son épouse et Mile Angella ; je les embrassai tous avec joie et m’informai de leur situation. L'heure du diner étant arrivée, je fus invité à me mettre à table, je pris place entre deux parentes de Mme Albantini. Il y avait longtemps que je n’avais diné si copieusement. Enfin l'heure arriva où il me fallut prendre congé de cette honnète famille ; je devais me rendre à mon poste pour monter à cheval le soir même avec notre premier escadron, qui allait monter la grand’garde. Mon patron m'’engagea à rentrer chez lui après mon service fait ; il voulait mieux me régaler, disait-il, et puis nous devions faire un peu de musique ensemble, afin de distraire ces dames de la mélancolie que la guerre leur donnait.
Le 24 au soir, je montai à cheval pour aller, par la porte de Padoue, établir notre avant-poste à 5 milles de Vicence, auprès d’une auberge seule sur cette route. La nuit se passa assez bien, malgré la pluie et le grand vent. Le jour ramena le beau temps. Le %5, un autre escadron arriva nous relever, et le nôtre partit à la découverte ; nous n’apprimes rien de nouveau ce jour-là ; l'ennemi était encore de l’autre côté de la Brenta. Notre escadron revint à Vicence retrouver son bivouac.
Alors je me disposai à retourner chez mon patron. Après avoir mis ordre à mes affaires, je laissai mon cheval au soin d'un chasseur de mes amis, en lui disant que j'allais