JE ME SAUVE DE VICENCE
naient avec eux plusieurs militaires français ; je reconnus même un chasseur de notre compagnie qui était conduit par eux. Alors je ne jugeai pas nécessaire de passer le pont, je préférai prendre les détours afin d'arriver à l’extrémité de la ville ; nous vinmes passer par un souterrain et nous nous trouvâmes dans le fossé du rempart. Il était six heures du matin. Je devais prendre congé du brave Signoïr Albantini ; je le remerciai de ses bontés à mon égard, nous nous embrassämes comme des amis et nous nous séparâmes avec l'espoir de nous revoir dans une occasion plus favorable.
Aussitôt je traversai le fossé qui était marécageux et je montai sur une chaussée qui environne le Champ de Mars. Après avoir traversé près de là une petite rivière sur la charpente d'un moulin à eau, je me trouvai enfin hors du danger d’être atteint par l’ennemi qui arrivait dans la ville et occupait déjà les portes. C’est ainsi, mon ami, que je fus obligé de me sauver de Vicence. J’allai de suite rejoindre notre régiment qui se trouvait à l'extrémité du Champ de Mars sur la grande route.
La nouvelle que je rapportais concernant le chasseur que j'avais vu au pouvoir de l'ennemi, fut reçue avec peine ; c'était justement le nommé Maillard, maréchal ferrant de notre compagnie.
Ainsi la ville de Vicence fut livrée le 26 au matin aux Autrichiens qui y entrèrent sans tirer un coup de fusil. Le prince Eugène ne trouvait pas à propos, sans doute, d’en défendre l'entrée à l'ennemi, non plus qu’à Padoue, Trevise et autres, afin de ne pas voir ces villes ravagées. Il nous fallut donc encore battre en retraite cejour-là. Notre armée sedirigeait par Montebello, suivant la route de Vérone; notre régiment formait l’arrière-garde avec plusieurs bataillons d'infanterie, deux pièces de canon et deux obusiers. Nous vinmes passer un torrent à cinq milles de Vicence et prendre position avantageusement sur des hauteurs. Là, nous attendimes l’avant-garde ennemie pour lui disputer ce passage ; en effet, vers les dix heures, l'ennemi se présenta et l’attaque commença de part et d'autre. D'abord les Kaiserlites furent arrêtés et repoussés militairement à coups de canon et de fusil, mais ils revinrent bientôt en plus grand
nombre, de manière qu’il s’engagea un combat d’un côté à l’autre du torrent, qui dura près de deux heures, pendant lequel notre régiment demeura et observa tranquillement sa position, d’où nous pouvions voir que l'avant-garde ennemie recevait sa pile, vu qu’ils renonçaient à venir nous débusquer de notre position, que nous leur abandonnions néanmoins vers les midi, notre arrière-garde trouvant plus prudent de se retirer posément. Ensuite notre régiment arriva à Montebello, où nous demeurâmes encore près de deux heures en attendant que l’ennemi vint s’y présenter. A l’approche de l’ennemi, notre régiment partit de Montebello et continua sa marche jusqu'à Saint-Bonifacio, village situé sur la route à trois milles de Montebello, où nous nous attendions à passer la nuit; mais à neuf heures du soir, l'ennemi y arriva aussi, il nous fallut décamper et nous allâmes passer la nuit au bivouac dans une plaine à un mille sur la droite de ce village.
Voilà, mon ami, tout ce qui peut faire le sujet de cette lettre ; je n’ai pas d’autres détails pour le moment ; on est misérable en fait de nouvelles intéressantes quand on n’est pas victorieux. |
PosiTIONS DE L'ARMÉE D'ITALIE. — MAUVAISE SITUATION AU BIVOUAC DE CALDIERA.
Au bivouac dans les positions de Caldiera- Caldina, le 2 mai 1809.
Ah ! pour cette fois, mon cher ami, je crois que voilà la queue du diable arrachée ; car nous ne pouvons jamais éprouver plus de fatigues ni être plus mal à notre aise que nous le sommes depuis six jours que notre armée se trouve concentrée dans les positions de Caldiera ; cependant chacun supporte avec courage cette pénible situation, vu que nous avons l'espoir que c’est là le but de nos misères.
Le 27 avril, notre régiment manœuvra avec une partie de l’armée dans la plaine où nous avions bivouaqué; l’ennemi formait ses lignes à droite et à gauche de Saint-Bonifacio où il paraissait se retrancher le long d’un torrent qui