POSITIONS DE L'ARMÉE D'ITALIE
coule en avant de ce village ; comme les Autrichiens ne montraient pas l'intention de combattre ce jour-là, on demeura tranquille sur leur compte ; puis nous vinmes élablir notre bivouac à la hauteur et sur la gauche de Caldiera, village situé sur la grande route, à dix milles de Vérone et trois de Saint-Bonifacio.
C’est dans ces environs que l’armée française prit des positions redoutables pour les Autrichiens ; notre première ligne occupe des hauteurs qui se prolongent sur notre gauche jusqu'aux montagnes qui ne sont-pas très éloignées et dont les défilés sont occupés par nos troupes ; sur notre droite, nous nous trouvons appuyés par des marécages. Nous pouvons être environ 30 000 hommes campés dans nos positions dela {rc ligne, dont Caldiera est le point central. La grande route se trouve pratiquée entre deux hauteurs, garnies de 40 pièces d'artillerie en état de battre la petite plaine entre Saint-Bonifacio et nos positions.
Les autres divisions qui forment la 2 ligne, occupent les belles positions de l’Adige, dont Vérone est le centre ; elles se prolongent depuis Légnano sur la droite, jusqu’à Peschierra, Rivoli, etc. sur la gauche. Beaucoup de troupes arrivent des différentes places d'Italie ; des réserves se forment à Mantoue; il paraît que notre 2e ligne fait nombre de 80 000 hommes dans ces environs, en état d'agir contre l'ennemi.
Revenons à nos opérations dela 1re ligne, où je suis maintenant avec notre régiment.
Le service est très fatigant dans ces positions, surtout pour les grand'gardes aux avant-postes établis à la barbe de l’ennemi. Nos escadrons avec nos bataillons se divisent par détachements et marchent alternativement en reconnaissance le long de la ligne des Autrichiens qui ne paraissent presque pas et qui se tiennent comme cachés de l’autre côté du torrent qui nous sépare, mais ils nous saluent à coups de canon dès que nous les approchons de trop près; ensuite nos régiments, cavalerie et infanterie, vont tour à tour manœuvrer dans la petite plaine à la vue des ennemis, afin de tâcher de les attirer dans nos positions. Journellement, on les attaque à coups de canon et ils nous répondent sur le même ton ; ils n’ont pas encore osé faire
une sortie, c'est dommage, car nous serions contents de les voir en plaine. Cependant le 98 avril, ils tâchèrent de se faufiler pendant la nuit du côté des montagnes, avec l'intention de nous surprendre en attaquant le flanc de nos positions ; alors s’engagea une vive fusillade qui dura une partie de la nuit. Notre infanterie, qui occupait ces postes, repoussa les Autrichiens. Ainsi tout en nousexposant chaque jour, je remarquai, comme les autres, qu'il n'était pas facile non plus de débusquer l’ennemi de ces retranchements et que l’on perdait des braves gens inutilement. Notamment avant-hier 30 avril, deux divisions formant environ 20 000 hommes d'infanterie et 32 pièces d'artillerie, allèrent attaquer la ligne des Autrichiens; une terrible canonnade s’engagea, tellement que la terre en tremblait, les boulets et les obus volaient de toute part, attrape qu’attrape. Les Autrichiens nous firent voir dans cette circonstance que nous n’étions pas encore assez forts pour venir les débusquer, puisque cette attaque n'eut d'autre résultat que de faire tuer une centaine de nos braves, dont un général d'infanterie. Îl fallut donc encore nous retirer dans nos bivouacs. Notre régiment fut un peu chatouillé, nous ne perdimes que quelques chevaux.
Notre situation est assez pénible dans ce maudit bivouac de Caldiera. Imagine-toi 30000 hommes de troupes, infanterie, cavalerie, artillerie et équipages, campés depuis six jours dans l’espace d'environ deux lieues d’étendue. L'infanterie et l'artillerie, qui sont arrivées les premières, ont commencé par accaparer tout, ravager et déménager les châteaux et les habitations des environs ; on leur fait quelques distributions de vivres; mais à la cavalerie, rien! On nous a dit : « [Il n’y a pas de vivres pour vous dans les magasins, faites comme vous pourrez! » Voilà comment nous avons été autorisés dans notre régiment à aller chercher nos subsistances au hasard. Or, je t’assure qu'il ne faut pas être paresseux ! On va au plus habile, chacun pour son compte, à qui fera la meilleure recherche dans toutes les habitations indistinctement. Pendant les trois premiers jours, l'abondance arriva dans nos bivouacs ; le quatrième jour commença à devenir maigre, car on va à trois ou quatre lieues pour ne plus rien trouver. Les pauvres paysans