‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 110 sur 190 · SOUS LA PLUIE DANS LA BOUE · texte numérisé non relu

SOUS LA PLUIE DANS LA BOUE

sont ruinés et ils ont caché leurs provisions dans les montagnes. Voilà deux jours que notre régiment est à la diète, hommes et chevaux ; plus de vivres, plus de cuisine. Il pleut continuellement, ce qui met le comble à nos misères. Nos chevaux sont toujours sellés et chargés, attachés 4, 6, ou 8 ensemble après chaque arbre dans les terres trempées ou amollies par leur piétinement. Voilà deux jours et deux nuits que je suis mouillé, traversé jusqu’à la peau, couvert de boue, ayant de l’eau plein mes bottes, j'ai les pieds enflés. A l'exemple des camarades, je me suis fait une espèce de lit avec des branches d'arbres. afin que, si j’essaye de me reposer, je ne sois pas toul à fait dans l’eau. Blottis sur nos tas de branches, enveloppés dans nos manteaux, trempés comme des éponges, nous recevons la pluie sur le dos à discrétion, jusqu’à ce que la fraicheur de la terre et l’engourdissement de nos membres nous obligent à dénicher de nos places pour faire quelques exercices afin de nous réchauffer.

Mais nous espérons bientôt voir la fin de nos maux; voilà ce maudit mois d'avril passé, le beau temps va revenir sans doute sur les ailes de la victoire ; notre armée sent la nécessité de changer de position, dussions-nous avoir encore du mal, pourvu qu’il y ait du changement.

Nous venons d'apprendre aujourd’hui avec joie que la Grande Armée dirigée par l’activité de notre Empereur et de ses braves généraux, fait des merveilles en Allemagne; il paraît que les Français ont déjà remporté de grands avantages sur les Autrichiens aux batailles de Tann, Eckmulh, Abensberg, Ratisbonne, Landzhutt, etc..…., où l'ennemi a été supérieurement frotté, et que nos intrépides ‘Français marchent encore sur Vienne. Ces nouvelles nous rassurent beaucoup et remettent du baume dans le sang de toute notre armée d’ltalie.

L’archiduc prince Jean d'Autriche doit bien bisquer avec son armée en apprenant ces nouvelles. Nous verrons par la suite comment ils s’en tireront et nous aussi.

LA RETRAITE CESSE. — MON ACTION DE GUERRE À MONTEBELLO. — PRISE D’UN PONT ET D'UN VILLAGE. — MON CHEVAL BLESSÉ.

De grand’garde à Baglione, le 3 mai.

Mon cher père, voilà nos vœux qui s’accomplissent. Avec du courage et du bon cœur, nous serons vainqueurs.

Le 3 mai à la pointe du jour, nous apprimes par nos grand'gardes que les Autrichiens avaient évacué leurs retranchements de Saint-Bonifacio pendant la nuit. Ce jourlà, c'était au tour de notre premier escadron à monter la grand’garde aux avant-postes. Arrivés devant la ligne de Saint-Bonifacio, nous reçcûmes l’ordre de marcher en avant sur la direction de Montebello. Alors nous composâmes une avant-garde avec une compagnie du 6crégiment de chasseurs qui se joignit à la nôtre, plus deux bataillons d'infanterie et deux obusiers (environ 1 600 hommes, dont 200 chasseurs à cheval). Nous entrâmes aussitôt dans les retranchements qui étaient totalement évacués par l'ennemi, où nous ne trouvâmes plus que des débris.

L’espérance nous fit renaître : « Plus de retraite ! disionsnous entre compagnons d'armes, nous voilà à l’avantgarde, c’est à notre tour à les pousser. » Nous nous disposons en petites colonnes d'attaque ; les tirailleurs marchent en avant à droite et à gauche de la route, soutenus par leurs pelotons de réserve, et nos deux compagnies de chasseurs, avec nos deux obusiers au centre de la ligne,suivant la route. Vers les huit heures du matin, nous arrivâmes à la hauteur de Montebello, où nous aperçûmes l’arrière-garde des Autrichiens qui paraissait vouloir s’embusquer dans les vieux retranchements. Alors l’attaque commença à coups de fusil, puis nos deux compagnies de chasseurs gagnèrent du terrain en avançant au trot par pelotons. Nous forçâmes bientôt la ligne de l'ennemi et nous entrâmes pêle-mèêle avec eux dans Montebello, où nous parcourûmes les rues en sabrant et faisant prisonnier un grand nombre de ces Kaiserlites qui se trouvaient désunis ; moi seul, pour mon compte, je poursuivis et fis prisonnier un sergent que j'atteignis au fond d’une cour où il se sauvait pour se ca-

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