AFFAIRE DE CAVALERIE
village situé près la Brenta, où nous devons passer la nuit. Le temps et la saison commencent à devenir agréables
depuis quelques jours; demain, nous poursuivrons nos succès. -
ARRIVÉE À CASTEL-FRANCO. —— AFFAIRE DE CAVALERIE. — ® CHEVAL PRIS À L’ENNEMI.
Au bivouac du hameau en avant de Castel-Franco, le 5 mai au soir.
Patience ! mon ami, du train que vont nos affaires imilitaires, je vois que ma correspondance avec toi va aussi recevoir une nouvelle activité.
Aujourd'hui 5 mai, notre régiment passa la Brenta un des premiers ; les autres régiments la passèrent successivement sur plusieurs directions ; des soldats d'infanterie montaient en croupe derrière les dragons et d’autres se suspendaient à la queue des chevaux.
Aussitôt passé, notre régiment reçut l’ordre de se porter rapidement sur Castel-Franco. Nous parttines au grand trot, l’espace de 9 milles de chemin ; nous arrivâmes bientôt à Castel-Franco, où l’arrière-garde de l’ennemi se sauva à l'approche de notre avant-garde qui prit cinq hussards avec leurs chevaux et quelques bagages. Nous occupâmes cette petite ville quelques heures et y primes des rafraichissements. L'armée y arriva ensuite pour y établir sa ligne d'observation.
Puis notre régiment se porta encore à l'avant-garde, appuyé par d'autre cavalerie ; alors nous marchâmes en ordre de bataille dans une plaine assez étendue, notre 4e escadron étant en avant à la découverte, comme grand’garde.
Vers les quatre heures après-midi, les tirailleurs se firent entendre. A sept heures, nous entendimes des cris de bataille, notre 4° escadron était chargé et pliait devant deux escadrons de hussards ennemis qui nous ramenaient nos chasseurs en désordre. À ce moment, M. Cabanel, major du régiment, commanda à notre 4er escadron de le suivre : « Allons, chasseurs, il faut recevoir ces bougres-là
avec la pointe de nos sabres! » Aussitôt le 1er escadron s’avança au grand trot à deux portées de fusil et bientôt nous aperçûmes la bagarre ; c’étaient les hussards hongrois supérieurs en notnbre qui sabraient et poursuivaient pêle-. mèle notre grand’garde. Il était temps que nous arrivions au secours de nos camarades. Nous nous lançâmes tous au galop en fourrageurs et nous nous trouvâmes bientôt mêlés avec les hussards qui se trouvaient déjà éparpillés, désunis. À notre vue, le 4e escadron se ranima et revint à la charge avec nous. Et voilà les hussards entrepris à leur tour ; l’on se charge de tous côtés, les coups de sabre tombent comme Îa grèle, l’acharnement devient fureur, la bravoure et le courage étant égaux dans les deux partis. Non, mon ami, je n'avais jamais vu une rencontre aussi furieuse ni un contraste plus frappant que cette mêlée à double reprise ; c'était une confusion difficile à expliquer. Imagine-toi les différents chocs des combattants, le bruit des armes, les cris différents des vainqueurs et des vaincus : ce sont de ces moments terribles où l’âme enlevée hors d'elle-même ne connait plus ni raison, ni sagesse, ni modération. Je me trouvais avec les autres trompettes réunis au centre de notre régiment, lorsque j'’aperçus le 4er escadron qui se portait en avant. Je devais marcher avec lui ; alors je partis prendre mon poste à la droite de notre escadron et je me lançai à la charge avec eux ; mon cheval et moi ne fûmes point paresseux ; j'altachai mon sabre à mon poignet par la dragonne et je découvris les fontes de mes pistolets. J’aperçus dans cet instant, à 100 pas vers ma droite, un hussard ennemi qui poursuivait un chasseur à l’écart, lequel allait ètre atteint et sabré par ce hussard. Je lançai vivement mon cheval pour le contre-barrer dans sa course et je l’atteignis au moment où il allait doubler le chasseur à sa droite. J’arrivai, la tête de mon cheval sur la croupe de celui du hussard, en lui lâchant mon coup de pistolet dans le flanc presque à bout portant. Alors je criai au chasseur : « Fais demi-tour, n’aie pas peur, je le tiens ! » Voyant ce hussard tomber à la renverse, je dirigeai mon : cheval habilement vers le sien, que je saisis à la course par ses rènes de bride et je l’arrêlai. Comme je me retirais avec mon cheval de prise, le chasseur me suivit et