‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 115 sur 190 · MON DEUXIÈME CHEVAL PRIS A L'ENNEMI · texte numérisé non relu

MON DEUXIÈME CHEVAL PRIS A L'ENNEMI

me remercia du service que je venais de lui rendre. « C’est réciproque entre nous, lui répondis-je ; tu pourras me le rendre si l’occasion se trouve. » Dans ce moment, nous vimes trois hussards ennemis qui venaient au galop directement sur nous. Aussitôt je pris ma résolution : « Faisons halte, mon ami, dis-je au chasseur ; il faut les combattre plutôt que de nous sauver; attendons-les avec fermeté, prends ta carabine, et moi mon pistolet, laissons-les venir à bout portant, ne manquons pas nos coups, et puis avec nos sabres, nous en viendrons à bout. »

Ainsi résolu, j'allais être obligé de laisser là mon cheval de prise sans savoir si je pourrais le rattraper, quand, par un heureux hasard, un maréchal des logis et un chasseur, Chany et Champion, deux bons soldats de notre compagnie, qui avaient aussi aperçu les trois hussards ennemis, accoururent à leur rencontre : le chasseur Cottinet que je venais de débarrasser, alla se joindre aux deux camarades ; ils attaquèrent les trois bussards, ils en renversèrent deux et prirent leurs chevaux ; le troisième, voyant ses camarades tomber sous les premiers coups de sabre, se sauva. Comme il passait près de moi, je lui tirai un coup de pistolet à peut-être 15 pas de distance. j'ignore si je l’ai atteint.

Ensuite je me retirai avec mes cainarades, emmenant chacun un cheval pris à l’ennemi; le chasseur Cottinet nous quitta pour aller rejoindre sa compagnie. Nous nous dirigeâmes aussi du côté de la nôtre, que nous avions perdue de vue.

Cependant, comme je te l'ai dit, nos deux escadrons de chasseurs étaient encore aux prises avec les hussards qui étaient sabrés supérieurement et qui furent forcés de se sauver en désordre. Nos chasseurs, se laissant emporter par trop d’ardeur, les poursuivirent jusque dans leur ligne, jusqu’à ce que quatre coups de canon, tirés sur nous, nous arrêtèrent. L'on sonna le ralliement et nos deux escadrons revinrent sur leurs pas se rallier au régiment. La nuit qui était survenue dans ces entrefaites, mit fin à cette affaire, qui se termina, comme tu peux bien le croire, à la gloire de notre 4er escadron.

Comme un de ceux qui se sont distingués aujourd’hui, j'ai reçu des compliments de mon capitaine et de mon

lieutenant qui sont venus nous voir à notre bivouac ; mon cheval hongrois se trouve être bon, plein d’ardeur ; je le cède au régiment ; celui qui le montera sera content. La

gratification accordée me sera payée plus tard.

LE CELLIER DE SALTARUNDA. — COURSE SUR LA PIAVE. À LA RECHERCHE DE 60 HOMMES ÉGARÉS. — LE VIN ET LES CHEVAUX.

Saltarunda, le 7 mai au soir.

Mon aini, hier 6 au matin, notre régiment suivit tranquillement la grande route jusqu’au bourg de Citadella, vers la Piave, ramassant sur cette route plus de 600 trainards kaiserlites, que l’on se contentait de désarmer et de renvoyer sur les derrières. Nous vinmes occuper un village appelé Saltarunda, où chaque compagnie occupa les maisons qui lui convenaient, quoique tout fût déjà ravagé par les Autrichiens. Notre compagnie s’empara d’une maison bourgeoise assez considérable avec la ferme et d’autres dépendances ; tout était également bouleversé et abandonné. Pas de propriétaires, pas de paysans à qui parler. Et pourtant il fallait que nous nous procurions des vivres. Alors chacun se mit en devoir de miner et de fureter partout ; nous trouvâmes d’abord du fourrage pour nos chevaux : l'on recueillit encore quelque peu de farine de maïs pour faire de la poulinte, et quelques volailles égarées dans un clos avec une chèvre. Il y avait une dizaine de cuves dans le cellier, cela désignait qu’il y avait du vin dans cette maison. Des chasseurs habiles doivent trouver tout ce qui se cache. Il faisait nuit. Je me trouvais avec six de més amis; nous avions allumé nos bougies, afin de chercher notre vie; nous faisions le blocus d’un petit bâtiment où

nous ne voyions ni portes ni fenêtres ; nous jugeâmes qu'il y avait quelque chose là-dedans. Alors nous nous procurâmes des outils et chacun se mit à l’ouvrage; nous perçâmes un trou dans la muraille avec assez de difficulté, car elle était solide, et ce fut moi qui passai le premier par ce trou avec ma bougie à la main. Je reconnus bientôt quel élait ce bâliment. Au comble du bonheur, j’appelai mes camarades ; c'était un cellier qui renfermait 15 à 20 tonnes

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