‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 118 sur 190 · BATAILLE DE LA PIAVE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LA PIAVE

tablir à la hâte. Là, nous déposâmes toute cette artillerie sur le rivage et nous la remimes à la garde d'un bataillon d'infanterie qui venait de passer.

Dans ce moment, je vis des officiers supérieurs envoyés de la part du prince Eugène pour nous complimenter sur ce premier succès, duquel l’armée tira bon augure pour la journée.

Comme je demeurai environ une demi-heure sur le rivage, où la seule curiosité me retenait, je remarquai alors un mouvement considérable dans notre armée ; je vis arriver le prince Eugène avec son état-major, qui passait la rivière au gué comme les autres ; je vis sur notre extrême gauche que notre cavalerie était déjà passée, savoir les 6e, 9e, 25e régiments de chasseurs et le 6e hussards ; je vis l’artillerie et l'infanterie qui passaient également l’eau à plusieurs endroits, ce qui faisait une espèce de confusion, vu les difficultés occasionnées par la rapidité du courant. Pour faciliter l'infanterie, l’on avait tendu des cordages fixés à des caissons et des nageurs étaient placés afin de porter secours à ceux que les courants auraient pu emporter.

À mesure que nos troupes avaient franchi la rivière, chaque corps se ralliait et suivait la direction qui lui était indiquée, afin de prendre son rang de bataille.

Cependant je m'éloignai aussi des rives de la Piave pour aller rejoindre notre régiment duquel je m'étais absenté un instant avec plusieurs chasseurs, comme je viens de le dire, pour mener nos canons. Alors l’on voyait paraitre dans la plaine plusieurs colonnes d'infanterie et de cavalerie également en mouvement; le combat était engagé sur notre gauche et le canon ronflait. Nos six escadrons de dragons, qui avaient participé avec notre régiment à la prise des pièces, faisaient une autre charge sur une colonne d'infanterie ennemie qu'ils culbutaient, mais ils en éprouvaient une fusillade qui les ramena avec perte. D'un autre côté, sur notre gauche, le 9° chasseurs se faisait ratnener en désordre jusque dans la Piave par les hussards hongrois, lorsque le 25e chasseurs et le 6e hussards arrivèrent au secours et culbutèrent les hussards hongrois à leur tour.

Cette action fut d'autant plus remarquée de toute l’armée, que le 9% chasseurs était arrivé sur le champ de bataille, en faisant comme l’on dit les faquins, c’est-à-dire que, pour se distinguer des autres régiments, ils étaient en grande tenue ayant leurs plumets sur leurs shakos, comme un jour de parade, ce qui donna lieu de rire et de plaisanter sur leur compte, lorsqu'on vit les hussards hongrois les passer en revue de cette manière.

Il était neuf heures du matin; la bataille était engagée sur tous les points. Les Français prenaient partout la supériorité sur les Autrichiens ; nous étions pour ainsi dire déjà maîtres de la plus grande partie de la plaine.

Cependant notre régiment, après sa charge sur l’artillerie, était demeuré près d’une heure à observer une position de réserve qui protégeait le passage d’une division de l’armée.

Lorsque nous nous avançâmes en ordre de bataille, nous vinmes faire halte à la vue d’une métairie, ou groupe de vieux bâtiments assez considérables situés dans cette plaine. Là, notre régiment pensa bien qu'il allait lui arriver quelque chose de cet endroit, car nous savions que l'ennemi y était retranché ; ce qui ne manqua pas. Dès que nous fûmes arrètés à cette nouvelle posilion, nous fûmes salués militairement par une batterie de six pièces de canon qui était dans un chemin creux masquée par un fossé. C'était la plus mauvaise rencontre que nous puissions faire physiquement, mais elle devenait nécessaire au moral de notre régiment ; elle servit à aguerrir et à affermir ceux qui n'avaient pas encore été mis à l'épreuve du BRuTAL!. En effet, les coups de canon se succédèrent si vivement, que la plupart de nos chasseurs furent étonnés de la brutalité avec laquelle les boulets nous arrivaient. Je n’étais pas moimême le moins résolu, mais je n'étais pas non plus le mieux rassuré, en remarquant l'effet que produisait cet évêénement. Le premier mouvement d’étonnement fut bientôt réprimé par le major Cabanel, le plus vaillant soldat que l’on puisse voir ; il se faisait remarquer dans cette circonstance par un sang-froid rare, en allant et venant devant le front

D * 4. Le canon.

Page 1