‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 122 sur 190 · PASSAGE DU TAGLIAMENTO · texte numérisé non relu

PASSAGE DU TAGLIAMENTO

au commencement de l’année 1806, lorsque notre régiment se dirigeait vers l'Italie.

Voici le détail de nos marches depuis ma dernière lettre :

Après deux heures de rafraichissements à Conegliano, notre régiment se remit en marche avec d’autres, et se dirigea sur Sacile, où l'ennemi, qui en occupait les environs, délogea à notre arrivée. Le lendemain, nous maerchâmes sur Pordenone, ensuite sur Valvasone, toujours ramassant un grand nombre de trainards et des équipages autrichiens. Nous vinmes prendre position, le 11 mai au soir, en avant de ce bourg.

L'on remarque à présent que toute la province du Frioul se trouve dans une extrême misère ; il en est de mêmede la belle province de Venise et des circonvoisines, ce qui est triste à voir; les Autrichiens ont tout saccagé dans leur double passage et les Français n'ont rien laissé ; il est temps que nous entrions en Allemagne pour nous dédommager ; gare les pauvres paysans, je les plains !

Le 12 mai, notre régiment passa le Tagliamento, tant au gué qu’à la nage, vu que l'ennemi avait brûlé le pont qui communique dans la plaine de Codroypo. Toute notre cavalerie s'était chargée de passer l'infanterie ; chaque cavalier prenait un soldat en croupe sur son cheval, ou bien il se chargeait de porter l’équipement et l’armement du soldat qui voulait traverser la rivière en tenant seulement le cheval par la queue.

Je passai ainsi le Tagliamento avec un tambour de grenadiers en croupe ; qui se ressemble s’assemble.

Ensuite notre régiment se porta dans les environs d’Osopo, puis se dirigea sur Üdine ; pendant cette marche, nous remarquâmes beaucoup de destructions, entre autres les superbes camps d’Osopo et d’Udine, construits en belles baraques et qui ressemblaient à des villes fortifiées régulièrement, tout était brûlé et détruit. Cependant les garnisons des forteresses d’Osopo et Palmanova, que les Autrichiens avaient tenues bloquées jusqu'alors, se trouvèrent libres à l'approche des Français, ce qui facilita davantage à nos troupes de repousser l'ennemi hors d'Italie.

Les 14 et 15 mai, notre armée d'Italie se divisa en plusieurs Corps, afin de poursuivre l’ennemi à travers les mon-

An

tagnes dans les directions qu'il prenait, savoir: un corps par la Carniole sur la direction de Trieste à Laybach; un corps par la Carinthie sur la direction de Villach à Klagenfurt; un corps sur le Tyrol; un autre corps était en Dalmatie, etc.

Le 8° régiment de chasseurs fait partie du corps d'armée principal sous les ordres du prince Eugène, qui opère sur le centre. 11 passa par Gémona, Venzona. Ponteba, dernières limites de l'Autriche avec l'ftalie. Ainsi, le 45 mai, les Autrichiens avaient évacué l’Îtalie qu'ils croyaient déjà si bien tenir.

Notre régiment a diminué d'environ 400 hommes. Nous sommes encore entrés en Allemagne plus de 800 hommes montés ; notre dépôt reste en Italie.

Les Autrichiens continuaient donc de battre en retraite, mais non sans nous opposer beaucoup d'obstacles ; ils interceptaient les routes en renversant des masses énormes de rochers : ils brûlaient les ponts qui sont tous construits en bois et nos troupes étaient obligées de suspendre leur marche pour réparer ces désordres. On était arrêté par des forts qui dominent les routes et les environs ; on faisait tentative sur tentative, le canon ronflait jour et nuit. Comme dans ces pays de montagnes, la cavalerie ne pouvait rien faire, c'était l'infanterie qui faisait tout le service. Enfin hier 48 au matin, nous apprimes avec joie la nouvelle que les forts étaient tombés au pouvoir des Français.

Comme c'est le fort de Tarwis que j'ai vu en passant et que j'en ai remarqué les particularités, je me plais à vous en faire ici une petite description. Nos troupes après y avoir multiplié leurs efforts, éprouvèrent la plus vigoureuse résistance à l'attaque de ce fort. Enfin il fut pris d'assaut, le 18 à la pointe du jour, par les trois bataillons du 55° régiment d'infanterie qui gravirent la montagne malgré la fusillade, la canonnade, les grosses pierres et les pièces de bois que l'ennemi faisait rouler du haut en bas; nos intrépides soldats, bravant tant de périls, arrivèrent au pied des palissades qu'ils franchirent et pénétrèrent dans l'intérieur, à la grande confusion de l'ennemi, qui fut aussitôt exterminé, c'est-à-dire que la garnison autrichienne, qui s’y trouvait au nombre de 300 hommes, fut passée au

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