‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 123 sur 190 · CARNAGE ET DESTRUCTION · texte numérisé non relu

CARNAGE ET DESTRUCTION

fil de l’épée. Le prince Eugène envoya un aide de camp pour faire cesser le carnage ; mais il arriva trop tard ; la garnison était anéantie. L’on trouva dans ce fort 17 pièces d'artillerie, des munitions et des vivres pour deux mois.

Après cette expédition, notre régiment arriva vers cet endroit que l’on avait dit si redoutable qu'il ne fallait pas moins que la bravoure des Français pour le prendre. Je remarquai tous les débris de ce bouleversement, jamais je n'avais vu tableau plus frappant de carnage et de destruction. Il nous fallut suivre la route qui passe au milieu de Tarwis, dont les trois quarts des maisons étaient réduites en cendre et l’autre quart était encore en flammes. L'on voyait de grands magasins de charbon de bois tout enflammés, ce qui jetait une chaleur si ardente sur notre passage, qu’il nous fallut défiler au galop auprès de ces gouffres de feu. Ensuite nous vinmes passer au pied de ce fameux fort de Tarwis, là où je remarquai aussi cette montagne que la nature semblait avoir placée là, exprès pour devenir une fatalité.

C’est une éminence très élevée qui s’avance dans cette vallée, et qui est adossée à une chaine de rochers inaccessibles ; sur cette éminence se trouve un plateau entouré de palissades, sur lequel se trouvaient trois batteries couvertes, ayant quatre et cinq embrasures, le tout construit en pierres maçonnées solidement, dominant toute la vallée ; et puis trois grosses tours carrées construites en charpente, dans les intervalles, pour tenir la garnison à couvert, avec des lucarnes ménagées par étages pour faciliter aux soldats de faire feu.

La pente de cette montagne était d’un accès assez difficile et couverte en partie de sapins abattus et jonchés parmi les pierres du rocher. J’y vis les restes des malheureux soldats, leurs armes, leurs bagages, leurs cadavres. Tout était culbuté et accroché pêle-mêle après les arbres et les rochers. Alors il n'existait plus qu’un morne silence autour de ce fort qui avait fait tant de fracas et qui, quelques heures auparavant, semblait être une montagne mouvante, vomissant le fer et la flamme, retentissant du bruit des armes et des cris des vainqueurs et des vaincus, qui se confondaient sous leur débris.

Après la prise du fort de Tarwis, notre régiment se porta en avant avec la division dont nous faisons partie ; nous arrivämes aux environs de Villach où nous passâmes la Drave sans obstacles.

Aujourd’hui 19, nous occupons cette ville ou les Kaiserlites ont abandonné de nombreux magasins.

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