RECONNAISSANCE DE CES DAMES
celle-ci Jui explique ce qui lui était arrivé. Lorsque le récit fut fini, l’aimable Joséphine me prit par la main et me présenta à sa mère en lui disant avec émotion : « Voyez, maman, voilà mon libérateur ! » Alors cette bonne mère, attendrie jusqu'aux larmes, me regarda uninstant fixement et me dit avec émotion : « Quoi ! généreux Français ! comment pourrai-je reconnaitre un tel bienfait? » Et elle i’embrassa de bon cœur. A quoi je répondis: « Madame, le bonheur d’avoir réussi à sauver Mile Joséphine fait toute ma récompense. »
Je me rendis donc avec Mme Meyer et sa fille dans leur maison, où je fus obligé de demeurer plus d’une heure. L'on m'offrit quelques rafraichissements que j’acceptai sans façon. Je remarquai bientôt que j'étais chez des personnes d’un mérite distingué en Allemagne. Je répondais de mon mieux aux témoignages de bonté de Mme Meyer et de Mille Joséphine ; ce fut un moment heureux pour moi; jamais je ne m'étais tant distingué à parler allemand.
Enfin, après avoir soutenu la conversation sur divers sujets, Mme Meyer voulut me faire accepter un bon lit pour me reposer le reste de la nuit ; je l’en remerciai. Elle ne proposa même de demeurer chez elle comme sauvegarde pendant le temps que l’armée française occuperait ces pays; elle se chargeait d'obtenir pour moi un ordre exprès du prince Eugène ou d’un autre général, elle voulaitque je l’accompagnasse dans cette démarche. Cette marque de protection me fit penser que Mme Meyer avait du crédit. C'eût été pour moi une occasion favorable pour me dispenser de courir les dangers et les fatigues de la gucrre ; mais il n’était pas dans mon caractère de rester dans l’inaction ; et puis, après, où retrouver notre régiment ? Je fis là-dessus mes observations à Mme \leyer et la priai de nexcuser, Car je ne voulais pas demeurer plus longtemps. Alors elle m’'apporta une belle bourse en soie qui me parut être assez considérable et qu’elle me pria d'accepter. Je la refusai constamment en lui faisant voir que je n'avais pas besoin d'argent, mais voyant qu’elle me pressait, je pris cette bourse, j'en retirai tout ce qui était dedans, ce qui pouvait s’évaluer à environ 100 goulden en Kronen taller,
cus d'Allemagne, que je priai Mlle Meyer d'accepter à son WW
tour, en lui disant: « Puisque Madame votre mère me donne cela, je puis en disposer comme bon me semble ; je garderai seulement cette jolie bourse comme un agréablesouvenir ; prenez cela, Mademoiselle, et n’en répétons plus. » Mais elle refusa. Aussitôt je dépusai les écus sur un fauteuil et, sans attendre d’autres explications, je chargeai brusquement mon porte-manteau sur mon épaule et. je regardai de quel côté était la porte afin de me soustraire aux bontés de ces bonnes gens. Il était plus de minuit. Mine Meyer, Mile Joséphine et le vieux Michel me reconduisirent à la porte du jardin où nous nous embrassämes avec l'expression de l'amitié et de la reconnaissance. Je nie remis en route au clair de la lune.
Maintenant, je vais terminer cette lettre, en te disant, mon ami, comment le bonheur m'a accompagné jusqu’au bout. Après avoir encore marché près d’une heure, j’arrivai à Volkermarkt où je trouvai notre régiment au bivouac. Là. j'appris que notre compagnie montait la grand'garde à un poste avancé. Quoique fatigué d'avoir fait 5 à 6 lieues de chemin à pied, et quoique incertain de l'endroit où je trouverais la position de notre grand’garde, néanmoins je pensai qu’en m'y rendant de suite, au lieu de rester au bivouac, c'était une occasion favorable pour moi de parler à mon capitaine qui pouvait me rendre mon cheval aussitôt.
Je me remis donc en marche à la recherche de notre grand garde, espérant bientôt trouver soit des vedettes soit le feu du poste. J'y parvins par un bonheur inattendu, sans quoi. j’eusse cherché longtemps.
Le premier officier que je rencontrai fut M. Naudet, auquel je me plaiwnis d'avoir eu beaucoup de peine à faire la route à pied, que c'était par attachement à la compagnie et à mon service que j'étais venu la chercher jusqu'ici. « Tu arrives à propos, me dit-il; nous avons parlé au capitaine de ton affaire, il a fini par en rire, il a déjà demandé apres toi ; viens, nous allons le voir. » Cette réception ine rassura. Arrivé près du capitaine, M. Naudet lui parla en ma faveur, et j'en fus quitte pour une petite morale que me fit mon capitaine, auquel je promis d’être plus circonspect à l'avenir. Alors il m’envoya reprendre