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LE FESTIN DE MARBOURG

mon cheval, et je le remerciai ainsi que mon lieutenant ; puis je retournai avec plaisir parmi mes camarades, où je remis ordre à mon équipage.

FESTIN DE MARBOURG. — UN COUP DE TÊTE. — MANIÈRE D’ENLEVER UNE VEDETTE. — MON TROISIÈME CHEVAL DE PRISE. — LE CHATEAU D'ÉKEINBERG. — CONTREMARCHE POUR LA HONGRIE.

Des environs de Neustadt, le 31 mai au soir.

Mon cher père, me voici arrivé à une de ces époques heureuses où notre régiment jouit de quelques douceurs qu'il a bien méritées.

Si j'étais un écrivain plus habile, je me plairais à vous faire quelques descriptions de cette belle et riche contrée que nous venons de parcourir, mais les moyens me manquent, et puis je m’éloignerais trop de mon sujet. Je me contente de vous donner la suite de mon journal et de nos actions militaires. Le 21 mai au matin, j'allai à la découverte avec notre compagnie, dans un vallon couvert de bois, aux environs de la Drave, vers Lawmude, sans rencontrer d’ennemis. Ensuite nous rejoignimes notre régiment vers les rivages de la Drave, que nous parcourûmes quelques heures, puis nous vinmes rafraichir près Maremberg.

Le lendemain 22, toujours à l’avant-garde, nous parcourûmes les champs sur la direction de Marbourg; nous étions les premiers Français qui arrivions dans ces pays.

Parvenus près de Marbourg où nous demeurâmes en position, nous vimes arriver vers nous plusieurs habitants, apparemment envoyés comme une députation pour prier notre colonel de ne pas venir occuper la ville avec son régiment. d'ignore quelles conditions il s’en suivit, mais, quelques heures après, nous vimes sortir de Marbourg une multitude de paysans, hommes, femmes et enfants, arrivant vers nous, comme une procession, apportant avec eux chacun une corbeille sur leur tête, et d’autres paniers à leurs bras, dans lesquels il y avait toutes sortes de vivres préparés, téls que de la soupe, des légumes, des viandes, du pain, du vin, des ustensiles de table, etc, si bien que chaque officier, sous-officier et chasseur s’emparat L'on

ou de plusieurs paysans, à mesure qu'ils arrivaient avec leurs provisions. Îl se trouva des vivres plus qu'il n’en fallait ; tout le service s'établit par terre et le bon ordre s’observa dans cette distribution. Bientôt tous les militaires se trouvaient confondus avec les paysans; ce n'était plus qu'un vaste festin; nous étions au sein de l'abondance et de la gaité. Après quoi, nous allâmes passer la nuit dans un village vignoble de ces environs.

Le lendemain 23, notre régiment traversa cetle jolie petite ville de la basse Styrie qui nous avait si bien régalés la veille ; nous la régalâmes à notre tour au son de notre musique guerrière. Ensuite nous parcourûmes pendant toute cette journée la plaine de Pettare, où nous nous attendions à rencontrer quelques partis ennemis, mais il y avait apparence qu'ils nous craignaient, puisqu'ils nous évitaient. Là, nous aperçümes de loin, de l’autre côté de la Drave, la fameuse ville de Waradin, en Sclavonie; ensuite nous vinmes prendre position sur la rive droite de la Muerhr. Le lendemain 24, nous nous portâmes vers Luttemberg, petite ville située sur la Muerhr au pied d’une superbe colline très élevée. Étant sur cette hauteur, nous aperçûmes plusieurs pelotons de cavalerie ennemie voltiger dans la plaine sur la rive gauche de la Muerhr, et puis une arrière-garde d'infanterie qui se retirait après avoir achevé de couper le pont de bois construit au-dessus de Luttenberg. Nous primes une nouvelle direction le long d’un vallon couvert de bois ; nous vinmes passer la Muerhr sur un autre pont, à un bourgnommé Mureck ; ensuite nous marchâmes en ordre de bataille dans toute l’étendue de la plaine. Les postes enneinis se retiraient toujours à notre approche, quelques tirailleurs se faisaient entendre; il n’y eut encore rien de nouveau pour nous ce jour-là; nous nous tenions solidement sur nos gardes.

Le 25, nouvelles marches, nouvelles courses, passant par Veimbourg et d’autres villages. Il ne nous manque rien, nous sommes dans les meilleurs pays de l’Autriche, jamais nos chevaux n'ont été plus vigoureux. Ce jour-là, le 25, nos éclaireurs rencontrèrent trois soldats bavarois isolés dans les champs, qu'ils amenèrent à notre colonel; ces soldats avaient élé fails prisonniers par les Autrichiens, ils

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