‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 133 sur 190 · UNE PATROUILLE POUR MON COMPTE · texte numérisé non relu

UNE PATROUILLE POUR MON COMPTE

étaient parvenus à s'échapper, ils revenaient de Gratz. Ils nous apprirent la nouvelle que les Autrichiens faisaient des réjouissances extraordinaires dans la ville, à l’occasion d'une grande victoire que l’armée autrichienne venait de remporter sur la Grande Armée française dirigée sur le Danube par Napoléon!. Cette nouvelle, si elle est vraie, va sans doute rendre l’ennemi plus audacieux et plus entreprenant, mais elle ne doit pas déconcerter notre armée d'Italie dans ses opérations.

Nous manœuvrons par divisions, en observant l’ennemi sur ses différentes directions, dans la haute Styrie, et dans la basse Autriche ; nous sommes toujours disposés à nous réunir en cas de besoin.

Ce même jour, 25 mai au soir, je m'écartai par hasard de mon rang et me trouvai réuni à un détachement de 50 hommes de la 2e compagnie de notre régiment, (mon ancienne compagnie), lesquels marchaient en éclaireurs dans les champs. La nuit était survenue ; ce détachement forma une ligne d'observation vers un vallon où l’on soupconnait des postes ennemis. On devait faire des patrouilles fréquentes, afin de biens’assurer des environs. Alors comme il n’y avait rien qui m'obligeât de rester là en observation avec les autres, je m'’associai à deux chasseurs de la de compagnie qui n'étaient pas non plus tenus de rester avec le détachement. C’étaient deux bons garçons bien montés et aussi bien disposés que moi. Je leur mis dans l'idée d'aller faire une patrouille pour notre compte, afin de voir s’il n’y avait pas quelques pahours à rançonner. Je me chargeais de l’entreprise et je répondais de tout ce qui pouvait arriver, pourvu que mes deux camarades me secondassent bien. Alors je me dirigeai avec eux vers un village nommé Sigersdorf, situé le long d’une côte que j'avais remarquée pendant le jour.

Nous marchâmes donc, l’œil surveillant, l'oreille atten-

1. Effectivement, c'était la nouvelle de cette bataille sanglante, au passage du Danube, les 21 et 23 mai, désignée, du nom de bataille d’'Essling, où l’armée française, au moment d’être victorieuse, éprouva un échec assez malheureux, où périt le brave maréchal Lannes, duc de Montebello, et où les ponts construits sur le

Danube se rompirent.

tive. La lune éclairait à travers des nuages. Il était plus de dix heures du soir, lorsque nous arrivâmes à deux portées de carabine du village en question, où nous apercevions déjà de la lumière. Dans ce moment, nous aperçûmes aussi, à 100 pas de distance, un cavalier placé à côté d’un arbre ; nous nous arrètâmes un instant, afin de nous orienter, nous jugeâmes que ce ne pouvait être qu'une vedette ennemie. Alors notre plan était manqué, en pensant que leur poste ne devait pas être loin du village. Je dis à mes camarades : « [l me vient une idée ; je connais le nom de leurs régiments, qui sont dans ces environs, il faut agir de ruse et tromper la vedette ; laissez-moi faire, suivez-moi et ne faisons pas de bruit. » En disant, je m'avançai à 40 ou 50 pas de la vedette et je la prévins hardiment par un verdaw ! ou qui vive !

À quoi il répondit aussitôt: « Kaiser Joseph Huzards regmintt! (régiment de hussards empereur Joseph.) « Verdaw ! » me demanda:t-1l à son tour; je lui répondis sur le même ton : « Vachgt maeister Ferdinand huzard Regmintt patruill quehn, blepto ! » (maréchal des logis, régiment de hussards Ferdinand, en patrouille, reste-là !) La vedette prit si bien le change, qu'elle ne m'en demanda pas davantage. Vous remarquerez ici que je ine faisais passer pour hussard autrichien ; alors je m'avancai à une quinzaine de pas de distance de la vedette, mes deux chasseurs me suivaientà quatre pas. Il faisait assez nuit pour qu'on ne püt pas distinguer notre uniforme. Je lui demandai encore en allemand : « Dis-moi, dans quel endroit est le poste de nos hussards ? J'ai des ordres à communiquer à votre commandant. Il parait que demain matin, votre régiment et le nôtre, nous allons attaquer les chasseurs Napoléon et leur donner une bonne chasse; c’est demain qu’ils danseront la malaisée, ces fameux chiens-là ! — Ah ! c'est bon, me répondit-il bonnement, ils sont dans ces environs, ces fameux voleurs-là, demain nous les verrons donc ! » (C'était notre régiment queje lui désignais, nous étions aussi connus que redoutables aux Autrichiens, ils nous nommaïent voleurs). Ainsi la vedette tomba dans mon panneau, et elle m'indiqua l'endroit où je uverais le chemin qui me conduirait droit à leur grand te. C'était 1à une occasion favorable et bien préparée ;

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