PRISE D’UNE VEDETTE AUTRICHIENNE
si nous eussions été assez forts, il nous eût été facile d'aller surprendre ce poste et de l’enlever à coups de sabre. Mais c'eût été une imprudence de risquer cette entreprise à nous trois, car il aurait fallu au moins un peloton de 95 hommes. -Nous nous bornâmes donc à nous assurer de la vedette. « Allons, mes amis, dis-je, il faut enlever ce bougre-là. Suivez-moi! » Sans perdre de temps, nous marchâmes sur sa gauche du côté de l'arbre, puis nous nous trouvâmes tous les trois sur lui. Sans lui donner le temps de se reconnaître, je lui dis en allemand: « A présent, rends-toi aux chasseurs Napoléon, ou tu es mort! » En disant, je m’emparai des rènes de son cheval, tandis qu'un chasseur ui allongeait un coup de sabre sur la tête, et que l'autre lui appuyait la pointe du sien sur la poitrine, si bien que ce pauvre hussard se trouva tellement déconcerté de cette ‘brusque surprise, qu'il ne fit pas la moindre résistance ; il dit seulement dans l'excès de sa crainte : « Ahg, fransouss -pardun! macht ci mir nitt veh! » (ah! Français, pardon, ne me faites pas de mal !) Aussitôt nous lui otâmes sa carabine, son fourniment, son sabre et ses pistolets, puis nous l’emmenâmes, les bras pendants, comme un pénitent à cheval. Cette petile entreprise se fit sans bruit, en moins de trois minutes, depuis le moment où je lui avais demandé le premier Verdaw. |
Tout en nous retirant avec notre prisonnier, nous nous proposions d'aller vers notre grand'garde pour lui faire part de notre découverte et demander du renfort afin d'aller surprendre le poste ennemi. Je prévoyais déjà la récompense qui suivrait la réussite de mon projet. Comme nous étions remplis de cette idée, après avoir marché quelques minutes, j’entendis du bruit derrière nous et j’aperçus un cavalier à quelques pas de distance. A l'instant j'empoignai la carabine de notre prisonnier dont j'étais porteur et je prévins ce cavalier en lui demandant : Verdaw ! Il répondit par un coup de carabine dont j’entendis siffler la balle. Alors je lui ripostai aussi mon coup de carabine, sur quoi, ce cavalier se retira. Ce ne pouvait être, à mon avis, qu'une autre vedette placée aux environs de celle que nous venions d'enlever, qui s'était aperçue, mais trop tard, de ‘notre entreprise.
Cependant ce contretemps renversa tout à fait mon projet, car aussitôt, 6 ou 7 coups de carabine se succédèrent et nous pensâmes que le poste ennemi allait bientôt être à nos trousses. Dans ce moment, notre hussard prisonnier crut qu’il pouvait saisir ce coup de temps pour nous échapper; il sauta lestement en bas de son cheval dans un champ de seigle. Nous courûmes dessus et nous le sabrâmes. Nous tenions la meilleure part, son cheval et son équipement.
Alors il était temps de penser à notre sûreté. Nous nous doutions bien qu’une dizaine de coups de carabine tirés au milieu de la nuit allaient mettre tous les postes en mouvement. À la hâte, nous nous dirigeâmes tous les trois vers nos bivouacs et bientôt nous trouvâmes la grand’garde de notre régiment qui se tenait à cheval sur la route. Là, le brave capitaine Baroux, qui commandait cette grand’garde et auquel je rapportai ma démarche, me réprimande en quelque sorte de ma témérité.
Pour ce qui concerne notre cheval de prise, je fis un accord avec les deux chasseurs en leur payant de mon argent, chacun vingt goulden qu'ils me demandèrent pour leur part, et le cheval me resta pour mon compte. Je l’ai remis à notre compagnie; c’est M. Note, notre fourrier, qui va le monter, et la gratification m'en sera payée à moi seul, au prix fixé.
Le lendemain 26, nous n’entendimes plus parler de l’ennemi et notre régiment ne se fatigua pas à marcher, nous ne fimes que changer de position, nous vinmes nous emparer de la belle propriété d’'Ekheinberg.
Ce château, situé à environ deux lieues de Gratz, appartient à un prince de la maison impériale d'Autriche, et. maintenant il appartient à notre régiment. Nous avons trouvé ce magnifique château, avec ses immenses dépendances, fourni de toutes sortes de provisions, magasins de farine, grains, fourrages, caves remplies de vin, bassecour complète avec bœufs, vaches, moutons, porcs, volailles, etc. Les environs sont remplis de gibier. Tous nos officiers occupent les appartements du château et sont servis comme des maîtres ; tout le régiment est répandu dans les allées d'arbres du parc qui environne ce château où nos : bivouacs sont établis et divisés par compagnies. C’est ce