‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 137 sur 190 · MON CHEVAL HONGROIS · texte numérisé non relu

MON CHEVAL HONGROIS

Nous apercevions des colonnes de cavalerie ennemie qui manœuvraient au loin dans la plaine ; cependant les affaires militaires ne paraissaient pas devoir s'engager ce jour-là, puisque, vers midi, l’ennemi se retira sur la direction d’Albe, et tout disparut successivement.

Notre régiment continua de marcher le reste de cette journée sans obstacle ; nous vinmes nous établir près d’un bourg, nommé Norap, où toute notre division arriva également se disposer à bivouaquer.

J'ajoute, mon ami, que nous avons été surpris agréablement aujourd’hui à la vue de plusieurs régiments de cavalerie française que nous n'avions pas encore vus. Nous savons à présent que l’empereur Napoléon a envoyé au prince Eugène, en Hongrie, une grande partie de la cavalerie légère de la Grande Armée, afin de seconder les opétions de notre armée d'Italie. L’on évalue la force de la cavalerie ennemie au nombre 30 à 36 000 hommes, et celle de la cavalerie française au nombre de 20 à 24 000. Avec notre infanterie et notre artillerie, l’armée française peut faire nombre de 80 000 hommes dans ce pays, l’armée ennemie peut s’évaluer au double. Il est facile de remarquer, par tout ce qui nous environne, un appareil de guerre formidable, qui pourrait nous en imposer si nous n’y étions pas accoutumés. Les Hongrois sont excités à la révolte et menacent de se soulever en masse.

Au moment où j'écris cette lettre, je me trouve en possession du cheval hongrois que j'ai pris ce matin. Pour ménager mon Rondeau, j'ai monté ce cheval le reste de la journée, je l’ai trouvé bon par excellence, je n’en ai jamais monté un meilleur; Rondeau est bon, il fait bien son service, mais ce n’est qu’un âne en comparaison. Néanmoins je lui dois la préférence. Je suis seulement résolu de combattre une journée avec mon hongrois, afin de me contenter avant de le céder au régiment, et je crois que l’occasion va s’en présenter amplement demain, 9 juin.

Ce soir en arrivant au bivouac, mon premier soin fut de m'occuper de ma prise et de faire l’inventaire de l’équipement de mon hongrois. Je trouvai dans le porte-manteau un beau et bon pantalon de coutil rayé façonné à la ma-

meluk, un beau gilet rouge écarlate, tressé jaune, à la hus-

sarde, six mouchoirs, trois chemises fines à la hongroise, un grand portefeuille contenant 130 goulden en banco de dzelds et 20 goulden en monnaie de cuivre; puis, sur le devant de la selle, sous la schabraque, un bon manteau; enfin je trouvai dans une musette une belle et bonne paire de bottes à la hongroise qui me vont bien et m’arrivent à propos pour remplacer les miennes qui sont ruinées depuis deux mois que je ne les ai pas quittées de mes jambes. Dans tout autre temps, mon superbe hongrois serait estimé 600 francs pour un amateur. Hé bien, il m’en reviendra tout au plus 100 francs. Ma journée me vaut 330 francs. J'abandonne le reste. Je laisse mon hongrois tout équipé. J'ai achevé de lui couper l'oreille, je l’ai pansé. C'est un cheval qui sera vraiment original avec une oreille abattue, il n’en aura pas moins de mérite. Mon capitaine qui est curieux des bons chevaux, me l’a bien recommandé.

AFFAIRES DE CAVALERIE. — JE COMBATS TÊTE À TÊTE AVEC UN HUSSARD HONGROIS. — JE SUIS VAINQUEUR. — JE BRAVE TOUTE LA LIGNE DES

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