‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 139 sur 190 · JE M'ÉQUIPE A LA HONGROISE · texte numérisé non relu

JE M'ÉQUIPE A LA HONGROISE

du régiment, je lui donnai mon Rondeau à conduire avec mes effets et tout ce que j'avais vaillant; je lui dis que tout était pour lui en cas que je me fisse tuer.

Je me trouvais donc libre de moi, monté et équipé en partie de l’uniforme hongrois, c’est-à-dire que mon cheval avait tout son uniforme à la hongroise, et moi, pour suivre ma fantaisie, je m'étais attaché sur les épaules une pelisse brune, tressée jaune, à la hussarde. Ainsi je revins à mon rang avec les trompettes, en défilant au galop avec mon coursier hongrois qui plaisait à tous; j'en étais moimême très curieux.

Nous nous aperçûmes bientôt que nous suivions à la piste un corps de cavalerie que nous appelons la Noblesse hongroise, lorsque nous trouvâmes notre 2e escadron qui était de grand’garde et qui leur avait déjà pris plusieurs voitures de bagages et plusieurs de ces nobles prisonniers.

Il était onze heures du matin, quand nous arrivâäinesdans la plaine de Lorled où nous trouvâmes des régiments de cavalerie française marchant en ordre de bataille pour observer de nombreux escadrons de cavalerieennemiequise montraient également dans cette plaine etleurfaire face. Je voyais le moment où environ 25 000 hommes de cavalerie allaient s’entre-choquer et se battre ensemble; mais divers mouvements exécutés de part et d’autre réprimèrent cette mêlée générale. Cependant une masse de cavalerie ennemie vint se déployer et se former en bataille devant le front de nos quatre régiments de chasseurs qui formaient la division du général Grouchy et aussitôt nous vimes arriver un grand nombre de hussards qui se présentèrent en tirailleurs à 100 pas de .nos rangs, et nous saluèrent par une volée de coups de carabine; cette bravade nous sembla un peu leste de leur part. Il fallait leur répondre sur le même ton ; aussitôt chaque escadron de chasseurs fit porter en avant un peloton de 24 hommes qui s’étendirent aussi en tirailleurs et firent bientôt reculer ceux de l’ennemi à leur distance.

C'est dans ce moment que je me portai aussi en avant comme trompette des tirailleurs. D'abord je demeurai un instant au peloton de réserve avec le sous-lieutenant Naudet. C'était là un beau coup d’œil à voir pour un amateur

de cavalerie ! Figurez-vous, mon père, deux lignes de cavalerie légère composées d'environ 36 escadrons rangés en bataille dans un ordre admirable, vis-à-vis les uns des autres à # ou 500 pas de distance ; puis, au milieu de cet intervalle, deux autres lignes de tirailleurs disposés en avant du front de leurs escadrons, animés les uns contre les autres à faire le coup de carabine de 50 à 100 pas de distance. C'était là que j'allais me distinguer aussi avec mon hongrois. Voici comment : Je quittai le peloton de réserve pour aller me ranger parmi nos tirailleurs. Au premier coup de carabine que je tirai, mon hongrois faillit me désarçconner, tant il était sauvage à ce bruit; au second, au troisième coup, je calmaï ses mouvements précipités. J'’achevais de recharger la carabine pour la quatrième fois, lorsqu'un hussard m'approcha à 30 pas et me tira son coup de carabine à la course. Comme je le voyais venir je lui réservai aussi mon coup de carabine, que je lui envoyai au mème instant ; l’un et l’autre n’adressa pas. Aussitôt je vis mon adversaire prendre son sabre en main et manœuvrer devant moi en me signalant du bras, et me jurant en son langage hongrois et mauvais allemand qu'il voulait me sabrer et avoir mon cheval hongrois.

Lorsque je vis qu’il s’adressait directement à moi, je ne le fis pas répéter, car aussi bien j'étais content de trouver l'occasion de me mesurer tête à tète avec lui. Je rassemblai mes rènes et m'avançai sur mon ennemi. J’observais ses mouvements afin de le guider à ma droite. Car c’est là que l’on connaît un bon cavalier quand il sait prendre l'avantage de la droite sur son ennemi, c’est-à-dire de l’attaquer par sa gauche. D'abord nous nous présentâmes à quatre pas l’un de l’autre en nous menaçant et nous couvrant par des moulinets; nous nous joignimes tous deux et nous attaquâmes en même temps. Je lui allongeai mon coup de sabre bien appliqué, à dessein de lui couper la figure ; mais soit qu'il baissât la tête ou autrement, je le frappai sur son shako au-dessus de l'oreille gauche au même instant qu’il me portait un coup qui me frappa en travers de la poitrine où mes vêtements me garantirent. Ensuite de cette première attaque, nos chevaux nous écartèrent l’un de l’autre ; je ramenai bientôt le mien afin de suivre

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