‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 142 sur 190 · UN BATAILLON PRISONNIER · texte numérisé non relu

UN BATAILLON PRISONNIER

canon ronflait terriblement. Une nouvelle batterie de 42 pièces d'artillerie française arriva se déployer avec audace en avant de la droite de la première ligne ; aussitôt nos canonniers commencèrent un feu oblique qui devint épouvantable pour l’ennemi qui se trouvait foudroyé en flanc par ces 12 pièces. Cependant notre infanterie manœuvrait pour tourner la petite ville de Papa, puis elle s’en empara de vive force en fusillant et culbutant l’infanterie ennemie qui la défendait. C’est alors que l’on vit l’action décidée en faveur des Français. L’ennemi observé et canonné de toutes parts, et au moment d’avoir sa retraite coupée, abandonna le champ de bataille, se retira et disparut bientôt. Toute notre cavalerie se mit à sa poursuite. Après avoir marché au grand trot pendant plus d’une heure, notre régiment arriva dans un village, où nous surprimes un bataillon d'infanterie ennemie fort de 3 à 400 hommes qui mirent bas les armes dès qu'ils nous reconnurent et se rendirent sans faire aucune résistance. Ensuite plusieurs détachements de nos chasseurs allèrent à la découverte, afin de s’assurer s’il n’y avait plus d’ennemis dans les environs ; puis notre régiment s’établit dans ce village jusqu’au lendemain 11 juin, que nous nous réunimes à notre division ; nous marchâmes une partie de cette journée sans rencontrer l'ennemi ; enfin nous vinmes occuper un grand village qu’on nomme Aszar, où nous sommes assez tranquilles ; nous faisons enrager les paysans hongrois pour avoir des vivres ; nous consommons tout ce qu'ils ont et, si nous demeurons encore là deux jours, tout sera épuisé.

JE ME TROUVE DANS L’EMBARRAS AVEC MON CHEVAL. — MON HONNÈTE MEUNIER. — LA MAISON ISOLÉE. — COMPLOT RÉPRIMÉ PAR MES SOINS.

À la maison isolée sur la route de Papa à Raab, le 15 juin au matin.

Je vais Le rapporter de suite, mon ami, que le 43 juin à 8 heures du soir, notre régiment monta à cheval pour changer de position. Alors nous partimes d’Aszar et nous mar

châmes par une nuit des plus obscures sans savoir où l’on nous menait, lorsque vers les minuit, nous reconnûmes que nous arrivions prendre position près la petite ville de Papa. Notre régiment s’enfila sous une belle et longue avenue de tilleuls, où chacun se plaça et s’arrangea de son mieux.

Je me souviendrai longtemps de cette nuit, car je fus le soldat le plus malheureux du régiment, à cause de mon maudit cheval qui, avant de partir d’Aszar, s'était détaché de sa place et avait été se soûler à même un tas d'avoine fauchée en vert, dont il avait mangé si goulüment, que le ventre lui enfla prèt à crever.

U serait trop long, mon ami, de tefaire le détail de l’embarras extrème et de la colère où je me trouvai pendant cette nuit du 13 au 14, avec un cheval qui ne pouvait plus se soutenir et qui ne sentait plus les éperons ni son mors. Je ne voulais pas le laisser tomber pour ne pas rester en arrière et perdre de vue le régiment. Enfin j'arrivai à destination et je le laissai se rouler à {erre à son aise; heureusement le jour reparut et mon embarras cessa. Je menai mon pauvre Rondeau au hasard dans un moulin à eau où je trouvai une écurie commode; là, je m'occupai de le soigner et de lui procurer tout ce qu’il fallait pour le soulager et le guérir promptement.

Ce qui me rassurait davantage, c’est qu'il ÿ avait apparence que notre régiment devait demeurer toute cette journée du 14 à Papa. Cependant il me paraissait convenable, qu'après avoir éprouvé tant de tourments, je pusse aussi prendre un peu de récréation. Alors je consignai mon cheval et mes effets aux soins du meunier, duquel je m'étais fait bien venir en arrivant au moulin.

Puis je m'associai avec plusieurs de mes camarades, nous parcourûmes les divers quartiers de Papa, cherchant aventures. Ce fut un jour de divertissement où je fis mes folies complètement. |

Dans cette circonstance, je faillis être dupe de mon trop de sécurité, c'est-à-dire que je me trouvai encore dans une autre espèce d’embarras. Tout occupé de mon plaisir, absent du régiment depuis 6 heures du matin (il était 9 heures du soir), je n'avais pas encore pensé ni à mon

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