‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 144 sur 190 · A LA RECHERCHE DU RÉGIMENT · texte numérisé non relu

A LA RECHERCHE DU RÉGIMENT

s'était fait fort de ne pas dormir, répondait de nous garder en fumant sa pipe et de nous avertir en cas d'alerte.

Pendant ces entrefaites, la journée du 15 commença à paraître. Il était 3 heures du matin. Nous nous disposions à nous remettre en route, lorsque nous vimes venir cinq <avaliers qni se dirigeaient vers notre demeure ; nous les reconnûmes pour une patrouille de la grand’garde du 6° régiment de chasseurs qui se trouvait dans les environs. Comme le but de cette patrouille était d’arriver à la maison isolée, nous les reçûmes amicalement ; nous leur rapportâmes comment nous étions venus passer la nuit dans cette maison et la perfidie dont les paysans avaient pensé faire usage contre nous. Ce qui les indigna au point qu'ils voulaient les prendre pour les fusiller eux-mêmes ; mais je les détournai encore de cette résolution, en observant que nous avions suffisamment bien réprimé le dessein de ces gueux en les mettant hors d'état de nuire. Nous quittâmes la maison isolée, moi et mes quatre amis, ac- <compagnant les cinq chasseurs de patrouille jusqu'au poste “le leur grand’garde. Là, on nous indiqua à peu près la direction qu'avait prise notre régiment. Nous nous remimes en marche, suivant des chemins qui nous parurent éracés par de la cavalerie ; nous n’apercevions pas un chat dans toute l’étendue de la plaine que nous traversions.

Cependant, vers les 6 heures du matin, nous entendimes plusieurs coups de fusil dans le lointain, ce qui nous fit juger de quel côté étaient les avant-postes. Un instant après, nous entendimes des coups de canon sur une direction plus rapprochée el nous rencontrâmes quelques soldats, aussi isolés, ce qui commença à nous remettre du baume dans le sang : « Ha ha! mes amis, dis-je alors, il y a du monde par-là ; il paraît que l’on va se brosser aujourd’hui. Dépêchons-nous d’arriver à nos rangs; je ne voudrais pas pour 1 000 goulden que l'on dise que je me suis absenté du régiment un jour de bataille. » Mes quatre compagnons partageaient mes sentiments, et s'ils étaient contrariés, c'était de ne pas avoir leurs chevaux afin d'arriver plus tôt. Quoique je fusse à cheval, je n’allais pas plus vite qu'eux, j'avais promis de ne pas les quitter, je n’en bouillais pas moins d’impatience.

Enfin le bruit du canon nous guida vers le centre de notre armée que nous trouvâmes en mouvement. Alors n'y voyant pas nos chasseurs, j’allai m'adresser à un aide de camp que je rencontrai, lequel m’envoya vers l'aile gauche où nous retrouvâines notre régiment, après avoir fait dans cette circonstance 7 à 8 lieues de marche, isolés depuis Papa jusqu’à cet endroit. I! était 9 heures du matin, lorsque j'arrivai à mon rang. Mon absense n'avait pas été trop remarquée, car l’on savait l'embarras où je m'étais trouvé à cause de mon cheval, ce qui me servit de prétexte.

BATAILLE DE RAAB. — CHARGES DE NOTRE RÉGIMENT. — Nous SOMMES VAINQUEURS.

Du champ d’honneur devant Raab, le 45 juin 1809 au soir.

Honneur et gloire aux braves soldats! Notre armée d'Italie triomphe en Hongrie. Comme tu as pu le voir, mon ami, par mes lettres précédentes, depuis que nous sommes dans ce pays, notre régiment n’a fait que figurer et ne s’est toujours trouvé engagé qu’en détail dans des affaires partielles ; mais aujourd’hui, nous venons de nous trouver engagés dans une affaire générale, où nous nous sommes distingués autant que l’exigeait notre réputation.

Depuis plusieurs jours, l’armée française d'Italie sous les ordres du prince Eugène, et l’armée ennemie sous les ordres de l’archiduc prince Jean, avaient combiné leurs opérations de manière, l’une à se rapprocher du Danube, et l’autre à s’y opposer. Aujourd'hui 15 juin, les dispositions des deux armées s’accordant avec les circonstances, une bataille générale fut résolue, à une lieue ou deux aux environs de Raab.

D'abord la canonnade avait commencé dès le matin et s'était engagée successivement, si bien que sur les dix heures, le feu était très vif vers le centre de notre armée, et paraissait se prolonger jusqu’à l’extrème droite. Tandis qu'il faisait si chaud par là, l'aile gauche, où se trouvait notre régiment, n'avait pour ainsi dire rien à faire qu'à s’observer dans ses positions et se maintenir sur la ligne ;

» quelques tirailleurs, quelques coups de canon par-ci par-

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