‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 145 sur 190 · BATAILLE DE RAAB · texte numérisé non relu

BATAILLE DE RAAB

là, mais rien ne paraissait devoir s'engager sérieusement de ce côté. L'armée ennemie avait ses lignes à peu près parallèles aux nôtres. Leur centre avait pris une bonne position sur un long coteau, d’où le but des Français était de les débusquer, de les chasser et de s'emparer de la hauteur, ce qui occasionna un feu terrible, vu que toute notre artillerie était dirigée sur ce point et que l’ennemi opposait une vigoureuse résistance qui dura plus de 4 heures. Cependant notre régiment se rapprocha aussi du coteau afin de soutenir un régiment de carabiniers, avec une batterie de 6 pièces d'artillerie bavaroise, nos alliés, lesquels se battirent aussi solidement sur la ligne, dirigeant leur feu sur un village appelé Rapatz, situé au bas du coteau qui prenait naissance à cet endroit, et où l’ennemi était aussi embusqué. Notre régiment demeura là en position près d’une heure; nous avions la facilité de voir toute l’action qui avait lieu sur la hauteur à notre droite, sans que nous fussions exposés, si ce n’est quelques boulets perdus qui nous arrivaient de temps en temps.

Ce n’est que vers les midi que les dispositions de cette bataille commencèrent à devenir favorables aux Français. L'ennemi était tourné et désuni par sa gauche; bientôt Loute sa ligne se trouva compromise et céda aux efforts multipliés de nos troupes, car aussitôt la canonnade se ralentit, mais la fusillade se ranima, puis des mouvements rapides s'opérèrent dans notre armée. Dans ce moment, je remarquai une furieuse mêlée d'infanterie qui eut lieu à peu de distance de notre position. C'était la division italienne appuyée de deux régiments français, lesquels se lancèrent sur le coteau au pas de charge en bravant le feu et le nombre de l'infanterie ennemie; bientôt nous les vimes aux prises pèle-mèle, s'exterminer à coups de baïonnette et à coups de crosse; mais l'ennemi ne tint pas longtemps contre l’ardeur de nos soldats qui le forcèrent enfin d'abandonner la hauteur; nous le vimes disparaitre de l’autre côté de ce famneux coleau sur lequel il avait fait une si longue résistance, ne se battant plus que pour protéger plusieurs de leurs corps qui étaient en déroute et pour se rallier et protéger leur retraite.

Ainsi l’armée française se rendit maitresse du champ de

bataille, et l’on continua de poursuivre l'ennemi sur plusieurs directions. Tel est, mon ami, l’aperçu des opérations de cette affaire en général. Maintenant nous allons passer au second acte où notre régiment va figurer.

Au moment où l'ennemi était renversé de dessus le coteau, je remarquai plus près de nous une colonne d'infanterie qui débouchait par le village de Rapatz, sur lequel le feu de nos 6 pièces d'artillerie bavaroise était dirigé : alors les canonniers redoublant d'activité, nous vimes cette colonne foudroyée, lant par les boulets et les obus que par la poursuite que leur faisaient nos Itakens et nos carabiniers bavarois. |

Dans ce moment décisif, toute notre aile gauche opéra un changement de front et s’engagea successivement au combat, vu que l'ennemi voulait faire diversion de ce côté, afin de se rapprocher de la ville de Raab, dont nous étions alors à environ une lieue de distance. L’ennemi pensait aller se mettre sous la protection de ses fortications, afin de se défendre réciproquement; mais tout était prévu, les dispositions étaient failes pour l’en éloigner.

C'est dans cette circonstance que notre régiment prit aussi part à cette action; il était plus de midi, quand nous reçümes l'ordre de nous porter en avant au grand trot; nous reconnûümes bientôt devant nous une division d’infanterie ennemie qui tâchait de se rallier en masse; un grand nombre de tirailleurs paraissaient soutenir sa retraite, puis un escadron de dragons autrichiens les appuyait à leur gauche.

Notre régiment arriva déployer son front de bataille à 300 pas de cette fourmilière d’ennemis, l’ordre étant donné de les attaquer sans hésiter, afin de ne pas les laisser se rallier. Cette besogne paraissait difficile à entreprendre, vu que la partie élait inégale, mais rien n’épouvante les Français. Notre colonel, venant à passer près des trompettes réunis au centre, nous dit de sonner la charge. Aussitôt notre régiment se lança sur l’ennemi dans la meilleure disposition, culbutant d’abord les tirailleurs et ceux qui n'étaient pas rejoints à la masse. Notre {cr escadron se dirigea sur les dragons qui prirent aussitôt la fuite, gagnèrent un bois, ‘et par ce moyen nous évitèrent. Alors la division ennemie,

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