‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 150 sur 190 · UN PRÉSENT A MON CAPITAINE · texte numérisé non relu

UN PRÉSENT A MON CAPITAINE

l'égard de la famille Bertoli soient troublés par cet événement ! Mais faisons trève à de tristes réflexions.

Maintenant je m'occupe avec les autres à voir faire le siège de Raab qui se pousse vivement.

Je dois aussi faire ici une remarque qui m'intéresse et me fait plaisir. 1l vient d'arriver au régiment un renfort d'environ 60 hommes qui viennent du dépôt ; ce sont la plupart des hommes et des chevaux qui étaient restés éclopés ou blessés et qui reviennent bien rétablis. De ce nombre se trouve le père Nicolas Felstiker, notre maître de musique, avec sept jeunes chasseurs musiciens ; ils apportent avec eux tous les instruments de la musique. Je suis on ne peut plus content de revoir ce bon père Nicolas qui vient aussi partager la gloire et les fatigues de notre régiment.

Adieu, mon ami, il est 7 heures du soir; le canon a cessé de tirer ; voilà plus de deux heures que nous voyons des tourbillons de fumée et de flammes s'élever dans différents quartiers de la ville. « Tant mieux, disons-nous, la voilà qui brûle, elle ne tardera pas à se rendre. »

(En effet, le lendemain 17, l’on signa les articles de la capifulation de Raab ; les Français doivent occuper cette ville et disposer de ses ressources en faveur de l’armée.)

[ faut te dire aussi que j'ai fait présent à mon capitaine du sabre et des épaulettes que j'ai trouvés sur le chef de bataillon italien ; ce qu’il a accepté avec plaisir. Ce bon capitaine Périolat veut me récompenser de mon généreux procédé, il m'a dit de compter sur une somme de cent francs de sa part après la campagne.

JE SUIS PROPOSÉ POUR FOURRIER A LA COMPAGNIE D’'ÉLITE. — CONTRETEMPS. — MoN DÉPIT.

Bivouaqués à la Ferme-aux-Moutons, près Dorok-Jarak, le 25 juin.

: Mon cher père, c'est en mémoire de votre bonne fête que votre guerrier vous écrit cette lettre. Quoique éloigné de vous de 350 lieues, je vous la souhaite aussi bien que si j'étais réuni à votre famille pour vous donner un bouquet. Nous venons de faire la fête de notre colonel; celte occasion a

doublé ma joie dans la part que j’y ai prise à votre intention. En faisant des vœux au ciel pour votre conservation, je demande aussi à Dieu qu'il me fasse la grâce d'échapper aux fureurs de la guerre, afin qu'un jour à venir nous puissions nous revoir.

Maintenant, mon père, je vais vous rapporter cette circonstance où je me vis à la veille d’éprouver un bienfait de mon capitaine ; comment lui et moi avons été trompés dans notre attente, le dépit que j'en ai ressenti et la folie qui s’en est suivie. C'était hier 24; je me trouvais trompette de garde. Comme je sonnais à l’ordre dans l’intérieur de nos bivouacs, j’aperçus mon capitaine qui causait avec le lieutenant Chenavard. 1! était question de moi, car à l'instant mon capilaine m'’appela près de lui et me dit: « Ha ça! mon garçon, nous parlons de toi! Comme je te veux du bien et que je te trouve assez raisonnable à quelques étourderies près, dis-moi, serais-tu content d’être fourrier à la Compagnie d'élite ? — Qui mon capitaine, très content, répondis-je. — Eh bien, reprit-il, je sais que le colonel, en mémoire de sa fête, va nommer des officiers et des sous-officiers à la place de ceux que nous avons perdus à Raab ; je ne lui ai encore proposé personne pour ètre mon fourrier, et c’est sur toi que j'ai des vues. Ainsi tu vas venir avec moi chez le colonel; s’il t’accepte, demain tu es mon fourrier. »

L'idée d’un changement de situation me remplit de joie ; j'accompagnai mon capitaine chez le colonel, où étant arrivé, il me dit d'attendre un instant, qu’il avait à lui parler en particulier. Je ne doute pas que mon capitaine ait fait son possible dans ce moment pour persuader le colonel de ses bonnes intentions à mon égard. Quand le colonel m’appela, je m’aperçus de suite à la contenance de mon capitaine, que la démarche n’avait pas réussi, lorsque le colonel ine dit: « Je Le félicite, mon cher Chevillet, de la bonne opinion que le capitaine Périolat a de toi, je la partage avec lui. Dans un autre moment, j’accepterais la proposition qu'il me fait, mais aujourd'hui, c’est impossible. Je n'ai plus que 40 trompettes, et pour peu qu’il vienne encore à m'en manquer, je ne veux pas m'en priver volontairement ; j'ai trop besoin de toi. Ainsi continue ton ser-

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