‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 151 sur 190 · MON DÉPIT · texte numérisé non relu

MON DÉPIT

vice; va, sois tranquille, je ne t’oublierai pas; après la campagne, tu auras de l'avancement, d’ailleurs, je sais récompenser mes bons soldats, etc... »

Je devais bien sentir la justesse de ce raisonnement ; mais comme en tout j'aime le changement, je tâchai d'éluder les raisons de mon colonel qui termina en me disant : « Pas d'observations ! obéis et je tiendrai promesse. » Puis il s’en alla. Alors je me retirai assez mécontent, maudissant colonel et trompette.

J'étais tellement contrarié, que je ne pus me retenir de faire éclater mon dépit; je fis plusieurs extravagances, toutes à mon préjudice et qui n’aboutirent à rien qu’à faire rire les autres. Je ne voulais plus ètre trompette ; je brisai mon maudit instrument et je le jetai dans un puits; j'allai aussitôt prendre un fourniment et une carabine aux équipages et je revins parmi mes compagnons, décidé à faire le service de chasseur. Ainsi le soir arriva, j'étais déjà consolé ; tout cela ne m’empèêcha pas d'aller me réunir avec les musiciens et de jouer la musique pour le bouquet de la fête du colonel.

Lorsqu’aujourd'hui, 25 juin au matin, je me présentai à l’appel à mon rang de chasseur, mon capitaine, m’apercevant avec ma carabine et mon fourniment, s’approcha de moi en me demandant ce que je faisais là. Je lui répondis tranquillement : « Mon capitaine, vous blâmerez sans doute ma vivacité et mon inconséquence, j'ai brisé ma trompette par dépit de ce qu’elle est un obstacle à mon avancement. »— « Ah! je te reconnais bien là, grand étourdi, reprit mon capitaine ; mais tu fais une sottise dont tu ne seras pas longtemps sans te repentir ; crois-moi, procure-toi au plus tôt une autre trompette, et que le colonel ne s’aperçoive pas que tu lui as désobéi. » Enfin ce bon capitaine me persuada pour mes intérêts, si bien que je devais faire en sorte de ne pas le désobliger.

P.-S. — Le lendemain, 26 juin, notre régiment setrouvant réuni avec plusieurs autres allant à la découverte sur Comorn, ceux de mes collègues qui s’intéressaient à moi coururent vers les trompettes des autres régiments et mon ami Duflot me trouva une trompette dans le 7e régiment de hussards.

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