LA FERME-AUX-MOUTONS. — JE ME RUINE AU JEU. — JE RÉCHAPPE MA FORTUNE
Encore au bivouac près Dorok-Jurak, le 27 juin 1809.
Mon ami, je vais te rapporter maintenant nos diverses occupations depuis huit jours que notre régiment se trouve bivouaqué à cette maudite Ferme-aux-Moutons.
Le 17, nous partimes de notre bivouac de Rapatz, mar- €hant le long dela côte sur le champ de bataille du 45, où il nous fallut défiler au grand trot en nous bouchant la respiration, vu le grand nombre de cadavres de chevaux'et d’hoinines qui étaient déjà tout gonflés et noircis par l'ardeur du soleil, ce qui donnait une odeur insupportable. Nous marchions, disait-on, pour aller disperser des partisans qui se réunissaient du côlé de Bude. Aïnsi nous fimes 8 à 10 lieues sur cette direction sans trouver d'obstacles, puis nous arrivämes dans un gros bourg nommé Mury, où nous demeurâmes les 18 et 19 juin dans une agréable situation, jouissant en abondance de toutes espèces de douceurs que nous nous procurions chez les paysans, n'ayant rien à faire que d'aller à la découverte, chaque escadron alternant de six heures en six heures. Nous poussions nos reconnaissances à 3 ou 4 lieues à la ronde, jusqu’aux bourgs de Esakvar, Pisky, Pitska, sur la direction d’Albe et de Bude, sans rien voir ni rien apprendre de nouveau sur les mouvements des partisans.
Enfin le 20, notre régiment partit de cet heureux séjour, qui aurait bien pu nous devenir funeste, vu que nous nous trouvions isolés de l’armée et que les partisans, venant à le savoir, auraient pu nous tomber dessus. Nous marchâmes plus de 10 lieues ce jour-là, afin de nous rapprocher de notre armée qui a pris des posilions sur la rive droite du Danube, depuis Raab jusqu’à Saigonie, observant les environs de Comorn qui sont le point central de l’ennemi.
Ainsi notre régiment arriva prendre position et s'établir à ce petit hameau consistant en une jolie maison de campagne, une bonne ferme avec quelques dépendances, près