IL FAUT SE CONSOLER
.coups de sabre, au milieu des charges et des mêlées, sans avoir attrapé aucune blessure dangereuse, mon destin me réservait de succomber dans cette dernière bataille.
Je suis maintenant à l'hôpital à Vienne; ma blessure <ommence à aller mieux, je reprends mes forces peu à peu, j'ai de l’argent avec quoi je me procure des douceurs, c'est ce qui me sauvera, et je crois que je n’irai pas dans le tombereau ; mais il me faut au moins trois mois pour être guéri, vu que l’on ne m'a pas fait amputation. Après tout, j'espère avoir une pension avec laquelle je pourrai me retirer pour vivre avec vous, s’il y a moyen, sinon j'irai à l'hôtel des Invalides ; c’est là ma dernière ressource.
Ainsi, mon père, il faut nous consoler de ce malheur ; ne comptez plus sur moi pour vous être utile, du moins je tâcherai de ne pas vous être à charge ! Adieu, mon père, jusqu’à ce que je puisse aller vous retrouver; c’est encore un hasard que j’ai à courir, car j’ai 300 lieues de chemin à faire, avant d'arriver chez vous.
. de finis en vous embrassant, ainsi que la famille; je vous souhaite plus de bonheur qu’à votre malheureux guerrier.
Il faudra bien que j’apprenne à écrire de la main gauche, mais je n’aurai plus les talents que j'avais avec la main droite ; enfin ce qui est perdu est perdu !…
Vous ferez part de cette lettre à mon ami; je me propose de lui faire un rapport plus étendu et détaillé des circonstances qui ont précédé et suivi ma catastrophe.
LE 5 JUILLET. — LE CANTINIER ITALIEN. — LE GÉNÉRAL SAHUC. — APERÇU DE LA BATAILLE DE WAGRAMY.
De Vienne, le 7 août 1809.
Mon ami, tu as sans doute appris le terrible malheur qui m'est arrivé à la bataille de Wagram. Ce n’est plus au milieu des camps et environné des bruyants attirails de la guerre et des trophées de la victoire que je t'écris cette lettre, mais c’est à l'asile de la douleur des malheureux gémissant sur leur sort, environné des attributs de la misère et des apparences de la mort qui entraine tous les
jours des tombereaux pleins de soldats mutilés qui succombent à leurs souffrances ; c'est de l'hôpital enfin, où je me trouve depuis un mois.
Maintenant que mes facultés physiques se rétablissent, grâce à un bon tempérament et à la résolution que j'ai prise d’être indifférent au malheur et de ne pas prendre de chagrin, j'espère que je me tirerai de là.
En attendant, il me reste à te donner les détails circonstanciés de ma conduite et de mes actions, de ce que j'ai vu et remarqué le jour de cette bataille où j'ai été blessé, où tu verras la part de gloire que j'y ai prise avec notre régiment, jusqu’au moment où le sort de la guerre m'a séparé de mes compagnons d'armes.
D'ailleurs, pour ce qui est de cette bataille en général, tu en trouveras tous les détails qui en sont très exacts, dans le 25e Bulletin que je me suis procuré et que je joins ici pour être conservé à l’appui de ma lettre.
Ainsi, mon ami, je vais reprendre la suite de mon journal. J’en suis resté à la triste nuit de pluie du 4 au 5 juillet. Vers les minuit, une terrible canonnade se fit entendre sur la direction du Danube, l'obscurité de la nuit nous faisait paraître l’atmosphère tout en feu de ce côté, c'étaient des attaques combinées par le génie de l'Empereur qui avait fait tout préparer pour effectuer le passage du Danube.
Le 5 juillet, jour glorieux pour les Français et en même temps fatal à ma mémoire, je sonnai à cheval à 4 heures du matin et notre régiment se dirigea vers le Danube.
J'étais alors dépourvu de vivres pour cette journée, n'ayant qu'un morceau de lard dans ma musette; ma gourde était vide, comment faire ? J'étais riche de 7 à 800 francs. Je résolus avant tout de tâcher de me procurer des vivres à quelque prix que ce fût, quoiqu'il ne fût pas aisé dans ce moment de s’écarter de son rang. Néanmoins, je me consultai avec mes amis Duflot et Roger qui étaient
aussi pris au dépourvu ; ils me remirent leurs gourdes et quelque argent, et je me chargeai d'aller faire la commission. Je me trouvai bientôt parmi la foule des militaires des divers régiments de l’armée, parcourant pour mon compte les bivouacs et les rues de Laxembourg. Enfin, mn en cherchant, j'arrivai dans une rue écartée du pas-