‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 159 sur 190 · BATAILLE DE WAGRAM · texte numérisé non relu

BATAILLE DE WAGRAM

et 25e chasseurs sous les ordres du général Sahuc, lequel passait devant le front de chaque régiment, faisait à chacun un discours analogue à la circonstance. Lorsqu'il arriva vers nous, il s’exprima en ces termes : « Chasseurs, la victoire nous a conduits de l’autre côté du Danube pour cueillir de nouveaux lauriers. Nous allons prouver à l'Empereur que nous réaliserons les grandes espérances qu'il a fondées sur l’armée d'Italie. J'espère que vous soutiendrez dans cette journée l’honneur et la réputation du brave 8° régiment de chasseurs. Souvenez-vous qu'il n’y a pas de retraite à espérer pour l’armée française et qu’il faut vaincre nos ennemis. »

Ce discours fit impression dans notre régiment. Pour moi, je l’eus présent à la mémoire pendant toute cette journée.

Ensuite notre régiment s’avança dans la plaine afin de suivre son rang de bataille.

La canonnade et la fusillade roulaient et faisaient un bruit semblable au tonnerre, les boulets et les obus volaient de toutes parts. Depuis 41 heures jusqu’à 3 ou 4 heures après-midi, notre régiment (ainsi que beaucoup d’autres) ne fit que marcher en réserve à la seconde ligne, où nous pouvions voir tout ce qui se passait en ayant; mais on ne pouvait pas tout distinguer, à cause des nuages de fumée qui enveloppaient toute la première ligne. Ce n’était qu’en avançant dans la plaine que l’on voyait tous les débris de la guerre, tant il est vrai que cette bataille n’avait lieu pour ainsi dire qu’à coups de canon, tandis que les troupes ne faisaient que manœuvrer de position en position. Ainsi vers les 3 heures de l'après-midi, l’armée ennemie était déjà délogée de ses redoutes et de ses premières positions, elle avait reculé environ trois lieues dans la plaine, laissant les Français maitres de tout le terrain.

Vers les 4 à 5 heures, l'ennemi prenait de nouvelles positions, son centre s’établissait sur une hauteur. Alors par suite des mouvements opérés par différents corps (toute l’armée d'Italie occupait le centre de la ligne de bataille), notre régiment se trouva à la première ligne, avec le 6e chasseurs, marchant à la vue de l’ennemi; les 9 et 25e chasseurs formaient une seconde ligne derrière nous.

Quant aux trompettes, nous marchions comme d’habitude réunis, tous les 10 ensemble, au centre de notre régiment, dans l'intervalle de deux escadrons.

Jusque-là, les boulets nous avaient respectés; mais alors ils commençaient à nous approcher. J'en aperçus un au bout de sa portée, qui arrivait en sautant droit à moi; je n'eus que le temps d'appuyer vivement mon cheval à droite en disant : « Gare le brutal! » et il roula entre les jambes de nos chevaux sans faire de dommage.

= Plus nous marchions en avant, plus nous nous apercevions que les tirailleurs autrichiens redoublaient d'activité à nous envoyer des boulets et des obus qui enlevaient des hoinmes et des chevaux dans notre régiment comme dans les autres, majs ce n’était encore que des roses. Alors, comme nous pouvions bien distinguer les mouvements de l'ennemi, nous aperçûmes une vingtaine de pièces de canon qui arrivaient manœuvrer vis-à-vis notre division sur laquelle ils firent feu aussitôt. J’en distinguai environ dix qui étaient en batterie, justement devant le front de notre régiment, ce qui me fit dire à mes collègues : « Pour cette fois, mes amis, gare les chevaux blancs! Il va y avoir de la fricassée pour quelqu'un de nous; si c’est pour moi, je veux boire un coup de schnaps pour mieux la digérer. » Quatre boulets arrivèrent successivement passer près de nous; deux vinrent labourer la terre à vingt pas devant notre petit peloton de trompettes, puis, en se relevant, ils sautèrent par-dessus nos têtes, nous rasant de près, et nous en fûmes quittes pour être couverts d’éclaboussures de terre. Alors, comme plusieurs de mes collègues s’étaient enfoncé la tèle dans leurs épaules, et que moi-même, comme par un mouvement involontaire, je m'étais aussi un peu incliné, je tournai cette faiblesse en risée, en disant: « Bravo, mes amis! il est bon d’être honnête et de saluer les passants! » Nous nous attendions à être exterminés, lorsque nous vimes deux compagnies d'artillerie légère de la Garde Impériale avec 16 pièces de canon, qui allaient au galop se mettre en batterie à 300 pas en avant sur la gauche de notre régiment, dans l'intervalle de terrain qui existait entre nos rangs et l’artillerie ennemie. Aussitôt les intrépides canonniers de la Garde commencèrent un feu prodi-

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