‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 161 sur 190 · LE SOLEIL BAISSE SUR L’HORIZON · texte numérisé non relu

LE SOLEIL BAISSE SUR L’HORIZON

Un instant après, comme je donnais à boire du schnaps à même ma gourde à un pauvre grenadier d'infanterie qui se retirait ayant un bras fracassé d’un coup de feu et que j'étais penché de côté et courbé sur mon cheval, une balle arriva friser le poil de mon colback et frappa à la tête le trompette. Dietz qui se trouvait justement placé derrière moi. « Hayau! » s’écria-t-il, en tombant sur le devant de sa selle. Aussitôt Hubert et Duflot portèrent du secours et se retirèrent avec le blessé. « Je l’échappe encore belle! » dis-je alors à mes deux collègues, Roger et Leroy, qui restaient les derniers avec moi.

Comme j'appuyais avec mes deux collègues sur la gauche du 2e escadron, je sentis mon cheval fléchir d’une jambe de derrière et Roger me dit que mon cheval était blessé. Je mis pied à terre pour voir qu’une balle l'avait frappé au pied, à {a naissance du sabot ; le coup ne me parut pas dangereux. Je remontai à cheval aussitôt et je vis avec plaisir que mon brave Rondeau n’en montrait que . plus d’ardeur.

La suite, mon ami, à un autre jour.

JE SUIS NOMMÉ MARÉCHAL DES LOGIS A LA COMPAGNIE D’ÉLITE SUR LE CHAMP DE BATAILLE. — CHARGES DU 8° CHASSEURS. — COMBAT DU- RANT LA NUIT. — TERRIBLE ACCIDENT QUI M’ARRIVA LE Ô JUILLET APRÈS 9 HEURES DU SOIR.

Vienne, le 10 août 1809.

ll était plus de 8 heures du soir, le soleil baissait sur l'horizon. Îl y avait apparence que la ligne d'infanterie, qui combattait depuis près d’une heure au bas de la côte, se trouvait fatiguée et commençait à plier, vu la vigoureuse résistance que l’ennemi faisait sur ce point. Entre autres, le 19° régiment d'infanterie perdit sa contenance et se désunit; alors l’on vit tous ces soldats accourir passer dans les jambes de nos chevaux et dans les intervalles de nos escadrons, maloré les chefs qui faisaient leurs efforts afin de les arrèter et de les rallier. Tous ces pauvres diables étaient harassés de fatigue, désespérés et couverts de blessures et de sang. Ce que voyant, notre division de

chasseurs se disposa à charger pour soutenir l'infanterie et ne pas laisser compromettre notre ligne de bataille. Dans ce moment, le capitaine Baroux, près duquel je me trouvais au centre du régiment, me dit d'aller avec mes deux collègues à la droite, car on allait faire un changement de conversion et nous nous trouverions trop isolés. Alors je dis à Roger et à Leroy: « Allons, mes amis, ne nous quittons pas. Tout à l'heure, nous aurons l’honneur de sonner la charge. » Nous partimes au galop pour arriver à la tête de notre régiment qui rompait déjà par pelotons pour {raverser un grand fossé marécageux, dont il n'y avait qu’un passage à cet endroit, praticable pour la cavalerie : nous le passâmes comme un délilé, par pelotons au grand galop, puis nous arrivämes nous former en bataille de l’autre côté de cette espèce de bourbier, en bravant une grêle de balles et de mitraille qui nous abimaient. En peu de temps, notre division de chasseurs avait franchi ce passage et se trouvait rangée en bataille à la portée du canon du village de Wagram, où se trouvait toujours le centre des principales forces de l’armée ennemie.

Comme j'arrivais, avec mes deux collègues, à la droite de notre régiment, près le 4er pelcton de notre compagnie d'élite, je m’aperçus qu'un boulet venait d’emporter la tête d’un maréchal des logis, nommé Robert, qui tenait la droite du 2e peloton de notre compagnie. Alors animé du désir de trouver de l’avancement sur le champ de bataille, j'allai de suite prévenir mon capitaine qui se trouvait en ce moment au centre de notre 4er escadron, remplaçant le chef d’escadron Didelot qui venait d’être tué. Là, je lui dis que M. Robert venait d’être tué par un boulet, que, s’il me le permettait, je me trouvais capable de tenir la droite du peloton à sa place, qu’il pouvait compter sur mon zèle et sur ma fermeté. À quoi mon capitaine répondit : « Hé bien, mon garçon, va tenir la droite de ce peloton à la place de Robert ; demain, tu seras reconnu maréchal des logis à sa compagnie. Va et sois toujours brave! nous allons avoir de la besogne avec ces coquins là-bas. » Ainsi, au milieu du combat et du carnage qui avaient lieu, j’éprouvai une grande satisfaction en allant me ranger à mon nouveau poste ; et, me voyant bien accueilli de mes camarades au

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