NOUS ÉCRASONS L’INFANTERIE
peloton, je leur promis que j'allais foncer de bon cœur sur l'ennemi. Quant à mes deux collègues trompettes, je leur dis qu’ils fissent leur devoir, que j'allais faire le mien. Mon changement de position se fit en deux minutes, tandis que les autres escadrons passaient encore le défilé.
Le soleil se couchait derrière les montagnes de la Bohème ; alors un nouveau signal des combats se fit entendre; la charge sonna dans notre division de cavalerie légère, nous pouvions encore compter 2000 hommes présents dans nos 4 régiments de chasseurs.
Nous nous porlâmes en avant pour charger sur l’ennemi. Je pris ma trompette, voulant encore me faire entendre dans les rangs, mais j'avais si chaud et j'étais si animé, que je ne pus sonner que le premier couplet de la charge; puis je n’eus que le temps d’empoigner mon sabre. nous étions déjà arrivés sur l'infanterie ennemie, bravant les coups de fusil et les coups de baïonnette, sabrant et bousculant tout, nous animant les uns aux autres: « À toi! à moi! hardis chasseurs ! » etc... C'était à qui ferait preuve de plus de courage. En moins d’une demi-heure, nous avions passé sur le ventre à la plus grande partie de cette infanterie : le reste se trouvait dispersé et se sauvait comme il pouvait. Pour compléter leur défaite, notre infanterie, que nous venions de soulager, s'était ralliée derrière nous et achevait d'anéantir les restes ennemis, dont un grand nombre s'étaient couchés à terre, pensant par ce moyen éviter l’action de notre cavalerie. Jamais je n'avais vu tant d’acharnement, le champ était couvert de morts.
Aussitôt la disparition de ce corps d'infanterie ennemie, notre régiment commença à se rallier. Dans ce moment, je m’aperçus que mon cheval avait le col ensanglanté ; c'élait sans doute un coup de baïonnette qu'il avait reçu près de l’épaule, mais cette blessure ne devait pas encore l'empêcher d’aller, il fallait finir la journée.
Quand notre régiment fut tout à fait rallié, tous mes chasseurs se trouvèrent encore présents à mon peloton, chose extraordinaire et qui prouve combien la cavalerie française est faite pour épouvanter l'infanterie ennemie, puisque notre division avait défait environ 6 000 Kaiserlites
dans cette occasion. Après cette brillante charge, nous nous trouvions tous au bas de la côte dans une situation assez rapprochée des lignes des Autrichiens qui se repliaient dans leurs positions élevées sur Wagram, d’où ils continuaient toujours un feu d'artillerie très vif; mais alors, presque tous les coups de canon passaient par-dessus nous.
Il n’y avait pas un quart d'heure que nous venions de culbuter l'infanterie ennemie, lorsque nous aperçûmes en haut de la côte, à la lueur de l'horizon, une colonne de leur cavalerie qui descendait et arrivait déployer le front de bataille à 200 pas vis-à-vis le front de notre régiment. Nous nous trouvions déjà disposés à les recevoir.
Nos chefs recommandèrent qu'il fallait attaquer cette cavalerie à coups de carabine ou de pistolets, et qu’ensuite, il fallait les enfoncer et les servir à coups de pointe de sabre, surtout du courage et de la fermeté, car c’était le moment de vaincre. Telle était toujours la manière de combattre de notre régiment.
Aussitôt notre.colonel commanda : « Escadrons en avant au trot! pour charger! » Bientôl notre régiment arriva à 40 ou 15 pas de distance du front des dragons autrichiens. Comme si l’on se fût donné le mot de: feu! l’on s’attaqua les uns et les autres par une décharge de coups de carabine et de pistolet ; les balles portèrent dans les rangs tant bien que mal, attrape qu'attrape ! j'en reçus une dans le haut de mon colbak qui en fut percé; un chasseur de mon peloton, nommé Amaga, qui se trouvait à côté de moi, fut aussi atteint d’une balle qui lui cassa le bras. Aussitôt cette attaque, nos escadrons, ainsi que les escadrons ennemis, se précipitèrent avec fureur les uns sur les autres, à coups de sabre, à toi, à moi. Au moment de cette charge, la nuit était survenue envelopper le champ de bataille de ses ombres ; l’on ne voyait plus que la clarté du feu des coups de canon, des coups de fusil, et des villages qui brûlaient dans les environs. |
Les dragons kaiserlites portaient des habits blancs, ce qui faisait qu'on les reconnaissait bien à leur uniforme, quoique dans l'obscurité; cela nous devint avantageux. Ailleurs il y eut beaucoup de méprise de part et d’autre.