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SOUS MON CHEVAL MORT

de moi; les chasseurs étaient vainqueurs, ils repoussaient la cavalerie ennemie.

C’est ainsi, mon ami, que le hasard de la guerre, c’est-àdire mon destin, voulut que je succombasse et que je terminasse mes actions militaires. L’obus qui m'a blessé est tombé devant moi et a éclaté sans poser à terre, il était sans doute partides positions que l'ennemi avaitsurla hauteurde Wagram : de là, il fut sans doute tiré perpendiculairement pour venir tomber dans une direction aussi rapprochée que celle où nous nous trouvions de la hauteur. Il faut dire aussi que, dans ce moment de confusion, le feu de notre artillerie avait cessé, car toutes nos troupes avaient passé en avant, mais l'artillerie autrichienne tirait toujours et écrasait aussi bien ses gens que les Français, vu que l’on montait la côte pêle-mèle dans l’action d'une charge.

APRÈS DIX HEURES DU SOIR. — DEUX AMIS ARRIVENT A MON SECOURS. — JE SUIS PANSÉ A SIX HEURES DU MATIN. — JE CONSIDÈRE MON BRAS POUR LA DERNIÈRE FOIS. — ÜN ME VOLE MON PORTEMANTEAU.

Vienne, le 12 août 1809.

Maintenant, mon ami, que tout est changé pour moi, mes lettres ne t’offriront plus de ces détails de combats et d'actions militaires où je me plaisais tant : je n’ai plus que des détails plus ou moins tristes à te donner et qui sont conformes à ma situation, qui est à peu près celle de tous les militaires blessés.

Victime du sort de la guerre, j'étais sur le champ de bataille parmi les morts et les blessés. J'étais couché entre deux chevaux morts, ayant la jambe droite prise sous le corps du mien, ne pouvant pas me débarrasser; je faisais des vœux pour que les Français se maintinssent les maîtres du combat. Je demeurai dans cette situation peut-être deux heures, baigné dans le sang, souffrant de cruelles angoisses, faisant mille réflexions sur mon sort, je combattais entre l'espérance et le désespoir. L’éclat d’obus qui m’avait frappé n'avait pas entièrement coupé mon bras; il tenaitencore par un peu de chair. J’eus la précaution de délier avec ma main gauche les courroies de mon portemanteau sur le cul de mon cheval et de prendre du linge dont j’entortillai ma blessure;

et, afin d’arrèter l’effusion de mon sang qui coulait en abondance, je me liai le haut du bras avec un cordon que j'ôtai de mon manteau qui était fixé autour de moi en sautoir. Comme j’éprouvais une soif ardente, j'avais encore un restant d’eau-de-vie chaude dans ma gourde, j'en bus à plusieurs reprises, et mon altération augmenta. J’essayais aussi de retirer ma jambe de dessous mon cheval; les efforts que je fis ne servirent qu’à redoubler la perte de mon sang et à im'’affaiblir davantage. Ainsi je m’engourdissais dans la douleur et m’abandonnais à ma destinée.

Il était plus de 10 heures du soir, la nuit était assez obscure, le feu de la bataille avait cessé de part et d’autre, si ce n’est quelques coups de fusil que j'entendais tirer parci, par-là ; je percevais la voix des soldats qui allaient et venaient sans doute avec des blessés dont j’entendais aussi les plaintes ; mais je ne voyais personne de qui je pusse ne faire entendre, et me voyant toujours là abandonné sans secours, je n’espérais plus revoir le jour, tant il est vrai que je m'attendais à périr dans cette cruelle situation. Cependant je ne me plaignais pas de mon malheur, car ma vie était sacrifiée à ma Patrie et j'étais disposé à savoir mourir comme j’avàis su combattre, en vrai Français. C’est le sort d’un soldat.

Enfin, au milieu du bruit confus, des cris et desplaintes qui m'environnaient, j'entendis marcher des chevaux et quelqu'un dire : « C’est par ici que nous devons le trouver! Voilà les dragons blancs que nous avons étalés… Voyons, nous le reconnaitrons bien par son cheval? Ah! voilà deux chevaux blancs ! Voyons, il doit être 1à?...» A ces paroles, je reconnus la voix de mes amis Duflot et Leroy. Aussitôt je les appelai: « Par ici, mes amis, il est là, celui que vous cherchez! » Alors Duflot s’approcha de moi : « Ah ! cher ami, tu n’es pas mort! nous te cherchons. Prends courage ! Où es-tu blessé?... — Hélas! je n’ai plus qu'un bras, mon cheval est mort et j'ai la jambe prise dessous !... » A l'instant, mes deux camarades soulevèrent mon cheval et m’aidèrent à retirer ma jambe que je ne sentais plus, tant elle était engourdie. Alors je m'assis sur le corps de mon cheval et reçus les secours de mes libérateurs.

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