‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 171 sur 190 · DÉPART DE VIENNE · texte numérisé non relu

DÉPART DE VIENNE

retirai d’une manière respectueuse. Je repris le chemin par où j'étais venu ; mon cabriolet m'attendait à la grille; je quittai Schœænbrunn et je retournai à men hôpital.

C'est ainsi, mon ami. que j'ai eu l’occasion de parler à l’empereur des Français. Comme tu vois, je n'ai pas mal réussi dans cette démarche, et si je ne suis pas décoré du signe des braves, c’est-à-dire de la croix de la Légion d’honneur, jy avais néanmoins des droits incontestables dont ma blessure m'a privé. Mais me voilà assuré d’une récompense nationale de 500 francs de rentes, sans compter ma retraite que j'obtiendrai en arrivant en France, ce qui peut déjà contribuer à me faire supporter la rigueur de mon sort.

Enfin, mon ami, je crois que je ne tarderai pas à être évacué pour la France; je pense que voilà ma dernière lettre que je l’écris de Vienne.

DÉPART DE VIENNE. — SÉJOUR A LiNTz. — MA RÉCLAMATION AU 8° RÉGIMENT DE CHASSEURS.

De Lintz, le 3 septembre 1809.

Cette fois, mon ami, me voilà en chemin pour revoir mes foyers! L’espérance et la joie d'arriver bientôt me reposer au sein de ma famille augmentent mes forces. C’est le 26 août que j'ai été évacué de Vienne après y avoir demeuré 52 jours. Maintenant je fais route avec un convoi d'environ 100 militaires estropiés qui sont comme moi à peu près guéris et nous devons ètre transportés en voiture chacun chez nous. Nous partimes de Vienne dans des car- -rosses ou voitures publiques qui sont mises en réquisition pour évacuer tous les blessés jusqu’à deux ou trois journées de marche.

11 faut te dire ici, pour te faire connaitre jusqu'où s'étend la bienfaisance de notre Empereur, qu’en passant devant son palais de Schæubrunn, comme c'était notre route, des officiers de sa maison se présentèrent à toutes les voitures pour donner à chaque militaire blessé un napoléon d'or de 40 francs de la part de l'Empereur, pour nous aider, disaient-ils, à faire la route.

J'ai aussi reçu ma pièce de 40 francs et avec ce qui me

restait d'argent et de banco-dzelds, j'emportais de Vienne une somme d'environ 300 francs. Mon capitaine m'avait remis, quelques jours avant mon départ, les 400 francs qu'il m'avait promis en reconnaissance du présent que je lui ai fait apres la bataille de Raab. Ainsi tu vois, mon ami, que je suis encore assez riche, en me ménageant, pour me procurer des douceurs tout le temps que je serai en route.

Maintenant reprenons l’ilinéraire de notre marche. Le convoi dont je fais partie était composé de 20 à 95 voitures; le nombre en diminuait ou augmentait suivant les circonstances et les localités. Nous suivimes notre route par Burkersdort à Saint-Polten; là, nous logeâmes dans un hôpital de passage très mal organisé, manquant de tout, ensuite à l’abbaye de Molk, grand couvent très remarqueable par sa belle situation et par les immenses ressources qu'il procura aux armées françaises. Ma blessure n’est pas guérie et je suis obligé de me faire panser tous les jours ; je porte avec moi une petite pharmacie à mon usage. Le 30 août, nous arrivèmes à Lintz qui est une grande et belle ville d'Allemagne, sur le Danube. Voici le quatrième jour que nous y sommes retenus ; nous sommes assez bien logés chez les habitants, en attendant qu’il y ait des voitures disponibles pour nous transporter plus loin. Ce service manque, Car il n’y a pas assez de voitures dans les environs pour faire les convois militaires qui arrivent journellement à Lintz; il faut attendre de partir chacun à son tour.

Je n'ai donc rien autre chose à faire pendant mon séjour à Lintz, qu'à me promener et me dissiper; je me suis associé un brave garçon pour camarade de voyage, c'est un chasseur de notre régiment, nommé Farget, qui s’en va aussi chez lui avec un coup de sabre sur le poignet.

Je viens aussi de m'occuper d’une affaire dont je m'applaudis beaucoup et qui doit avoir un résultat avantageux pour moi, grâce à un ami qui m'a donné un coup de main. Le hasard m'a fait rencontrer, hier 2 septembre, un ancien camarade du 8° régiment, nommé Boulet, que j'ai connu autrefois dans la même compagnie que moi. Il a quitté le régiment en Ilollande pour entrer dans la gendarmerie ; je Le retrouve à Lintz où il commande une brigade de gendarmes, comme il y en a d’établies dans tous les endroits sur

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