‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 172 sur 190 · EN CHEMIN POUR LE FOYER · texte numérisé non relu

EN CHEMIN POUR LE FOYER

cette route pour la correspondance. Nous nous sommes reconnus avec plaisir. Tout en parlant de nos affaires, Boulet m'offrit de m'être utile dans la situation où je me trouvais; il s'agissait de faire mes réclamations au régiment pour tout ce qui m'était dû. En conséquence, Boulet m'écrivit deux lettres en forme de pétitions, l’une s’adressait au colonel et l’autre au conseil d'administration, par lesquelles je donnais des nouvelles de mon existence et de mon évacuation pour la France. Je réclamais de la justice de mes supérieurs pour qu'on me fit mon compte des sommes qui m'étaient dues au régiment, et j'en donnais moi-même l'exposé le plus exact :

Savoir :

Pour quatre mois de solde. . . . 80 francs.

Ma masse complète de. . . . . 48 — Deux trimestres de décompte. . . 414 —

Plus les gratifications pour les che-

vaux que j'ai pris à l'ennemi pendant

la campagne, savoir :

Le 4er pris le 49 avril au poste de

Casa-Nova; il m’en revenait pour ma

part. . . 9 — Le 2° que j’ ai pris le 8 mai F l'af.

faire de Castel-Franco, la gratification

m'en revenait à moi seul. + + TD — Le 3° pris le 25 mai lorsque j’enlevai

une vedette aux environs de Gratz;

ayant remboursé la part aux deux

chasseurs qui étaient avec moi, par

conséquent c'est à moi qu’en reve-

nait la gratification de. . . . 15 — Le 4° que j’ai pris le 8 juin dans la

plaine d’Aiïka, la gralifietion ayantété

fixée à.. . . . . + + 400 —

Total de mes réclamations. . . . ET francs.

Sur cette somme, mon intention était de laisser 4150 francs que je mettais à la disposition du maréchal des

logis chef de la compagnie d'élite, en le priant de vouloir bien partager entre mes amis Duflot, Leroy, Cotinet, Declair, en reconnaissance des services qu’ils m’avaient ren dus.

Plus, je déclarais devoir à M. Mignard, maréchal des logis chef, une somme de 50 francs. Restaient 250 francs qui me revenaient encore. Ainsi je demandais qu’on m'en:voyäât l’état de cette somme payable chez le commissaire des guerres de la place de Strasbourg, où j’espérais me rendre incessamment.

Ces deux lettres furent mises sous enveloppe. à chacune leur adresse au 8e régiment de chasseurs à cheval, que je savais être à celte époque dans les cantonnements de Maarbourg, en Styrie. J'écrivis aussi par la même occasion à mon ami Duflot ; c'était la première lettre que j’écrivais de la main gauche ; je lui donnais de mes nouvelles, je Tui faisais part de mes intentions, je le chargeais aussi de recevoir des petites dettes qui m’étaient dues par plusieurs camarades, etc... J'ai remis ces trois lettres à la poste à Lintz : je pense qu'elles parviendront. Tu vois, mon ami, que j'aime à mettre ordre à mes affaires.

CIRCONSTANCES DE MON DÉPART POUR LINTZ. — TERRIBLE MALADIE A L'HOPITAL DE PASSAU. — JE SUIS VOLÉ.

De Passau, le 30 octobre 1809.

Mon cher ami, c'est encore de l’asile du malheur et de la misère que je t'écris, à peine réchappé des bras de la mort, à l'hôpital de Passau enfin, où je me trouve retenu depuis plus de 50 jours par une maladie qui m'a accablé.

Hélas ! ce terrible contretemps me fait voir que je ne dois pas me flatter d'avance et que le malheur suit de près une lueur d'espérance. Je devrais ètre arrivé chez nous et jen suis encore éloigné de 245 lieues. La mauvaise saison s'avance; je suis à peine rétabli d’une fluxion de poitrine accompagnée d'une fièvre putride: j'ai été volé; ma misère est à son comble, je ne sais plus quand j’arriverai à Pontoise.

Etant à Lintz, moi ainsi que les autres militaires qui fai-

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