SUITE DE MON VOYAGE EN ALLEMAGNE. — MON SÉJOUR A STRASBOURG
De Strasbourg, le 20 décembre 1809
Dieu merci, mon ami, me voilà enfin arrivé à Strasbourg ! Toutes mes peines sont effacées, je dédaigne à mon tour ceux qui m'ont dédaigné pendant la route depuis Passau jusqu'ici. Je te dirai qu’en partant d’Augsbourg, je n’ai pas eu meilleur temps qu'auparavant ; je passai par Zumershausen, Leipheim et j'arrivai à Ulm, où je demeurai deux jours, chez un boulanger ; c’est le meilleur logement que j'aie rencontré pendant ma route. C’est alors que je fus bien étonné du grand changement qui s'était opéré dans cette ville, que j'avais vue trois ans auparavant bien fortifiée et soutenir un siège. Ses remparts, ses bastions, ses fossés, tout est maintenant comblé et aplani ; je voyais à la place un grand nombre de jolis jardins naïssants. Voilà comme celte ville de guerre, si célèbre autrefois, qui a vu périr peut-être 100 000 hommes dans ses remparts et aux alentours, n'offre plus que la vue d’une jolie ville champètre. De cette facon, je trouvai les habitants d'Ulm beaucoup plus heureux, vu qu'ils ne sont plus assujettis aux formalités d’une ville de guerre, ni exposés à éprouver les horreurs d’un blocus ou d’un siège.
D'Ulm, je continuai ma route par Geisslingen, Goppingen, Esslingen, Canstadt; je passai le Neker pour arriver à Stuttgard, capitale du Wurtembersg : ensuite, passant par Wahingen, Pforsheim, Ettingen, Rastadt, Stolofen, je traversai ce fameux fort de Kell, qui défend le passage du Rhin devant Strasbourg, où je suis arrivé le 28 novembre 1809, après 25 jours de marche depuis Passau.
C'est à Strasbourg, où je suis maintenant, que se trouve