‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 24 sur 190 · LA FAMILLE BEAUMONT · texte numérisé non relu

LA FAMILLE BEAUMONT

UNE LIAISON AVEC IA FAMILLE BEAUMONT. —— AVENTURE PLAISANTE. — DUuEL RISIBLE.

Thionville, le 25 avril 1802 (an X).

Mon ami, je t’écris celle-ci au sujet d’une aventure qui m'arriva voilà 15 jours. Ce n’est pas une aventure comparable à celle de Télémaque, mais de ces enfantillages conformes à mon âge et à ma capacité ; le souvenir de celle-ci m'intéresse assez, et tu verras’ que je suis plus innocent que coupable et que le dénouement en est assez plaisant.

IH 'yaiciun vieux maréchal ferrant qui demeure à la forge du régiment au bout du quartier près le rempart. Le père Beaumont a trois filles assez jolies et, dans un régiment, c'est du gibier que l’on aime à chasser. J'étais lié d'amitié avec Auguste Beaumont, fils, qui est de mon âge. Devenus intimes confidents, l’un et l’autre, partageant ensemble nos récréations et nos amusements, il m'introduisit bientôt dans sa famille, et presque tous les jours j'allais à la maison souhaiter le bonjour à Mme Beaumont et à ses demoiselles, et y passer les soirées. Auguste avait une sœur nommée Adélaïde, âgée de 14 ans, brune, aimable et rusée, je me familiarisai bientôt avec elle, vu qu’elle n'était pas farouche, mais de ces familiarités innocentes que nos jeux et nos espiégleries nous occasionnaient dans diverses rencontres. La mère Beaumont de son côté m'avait pris en amitié, parce que, disait-elle, je ressemblais à son fils ainé qu’elle regrettait toujours (il avait été aussi trompette au régiment et avait été tué pendant la campagne de l’an VIT), de manière que cette bonne mère se figurait voir toujours en moi son pauvre François.

De mon côté, je faisais en sorte de mériter ses égards par ma douceur, mon honnèteté et mes prévenances. Je me procurais des livres amusants et les lisais correctement à la société qui m’écoutait avec plaisir. La mère Beaumont aurait désiré qu'Auguste, Adélaïde et Julie sussent aussi

bien lire que moi, puisque je les faisais lire à chacun leur tour et que j'étais sensé leur montrer. Un autre moment, l’on jouait et l’on s’amusait, le père Beaumont se trouvait quelquefois compris dans la petite société et nous rapportait des vieilles farces ; mais le plus souvent, il allait boire la canette avec ses vieux compagnons d'armes et ne s’embarrassait plus de nous. C’est ainsi que je passai agréablement les derniers six mois.

Cependant la mère Beaumont avait quelquefois des attentions et des préférences pour moi qu'elle n'avait pas pour Auguste, de manière que je m aperçus par la froideur de ce dernier à mon égard, que je lui portais ombrage ; alors, ne voulant pas exciter la jalousie d’un ami mécontent de moi, je cessai d’aller chez la mère Beaumont sous quelque prétexte ; cela n’empêcha pas que je voyais toujours Adélaïde avec plaisir, soit à la promenade, soit à la danse; mon amour-propre était flatté de me voir remarqué par cette jolie petite brune ; mais je ne tardai pas à éprouver des tracasseries qui déroutèrent mes innocentes récréations: ce qui donna lieu, comme tu vas voir, mon ami, à cette plaisante aventure.

Auguste avait fait part de son mécontentement à des chasseurs, lesquels étaient capables de faire tourner les choses en mal plutôt qu’en bien pour avoir sujet de plaisanter, de manière que ces chasseurs gâtèrent le reste de bon sens qu'Auguste avait encore dans son esprit malade, au point qu'ils s’avisèrent de compromettre la réputation de sa sœur et de me supposer une conduite équivoque avec elle, en disant qu’on m'avait vu avec Adélaïde aller nous cacher dans les remparts. On ne pouvait pas inventer une plus méchante calomnie. Auguste qui était content de trouver Foccasion de me brouiller avec ses parents, alla de suite leur rapporter tout ce qu’on lui avait dit.

Je ne sais s’ils y ajoutèrent foi oui ou non; n'importe, le coup était porté. Le soir suivant, après la retraite, Auguste me tira à l'écart, en me déclarant tout en colère, que j'avais fait injure à sa sœur, à lui et à ses parents, que J'avais manqué à l'honneur de sa famille, que c’était très vilain de ma part après tous les égards que l’on avait eus pour moi, que si je revenais à la maison j'en serais chassé,

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