‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 28 sur 190 · L'ILE MAUDITE · texte numérisé non relu

L'ILE MAUDITE

Elle m'’eut de la reconnaissance, et comme elle sert dans une bonne auberge, elle mit de côté pour moi quelques morceaux de rôti et de pâté, ainsi que quelques bouteilles de vin qui est très cher dans ce pays.

Adieu, mon ami; je me perfectionne toujours dans mes exercices, et tu peux croire que depuis que je suis à La Haye je ne suis pas demeuré un instant dans l’inaction, d’ailleurs je suis content de ma situation.

À cette époque la guerre venait de commencer entre la France et l’Angleterre, ce qui donna lieu au rassemblement de cette belle armée qui forma les camps de Boulogne, ainsi qu’à ces fameuses dispositions de plusieurs escadres d'embarquement dans les ports de France, ainsi qu’au rassemblement d’une armée en Batavie également disposée. Le projet de Napoléon était de faire une descente en Angleterre. Si bien que tous ces grands pré aratifs ui avaient lieu pendant les 8 premiers mois

e l’an 1804 (l’an XI et l’an XIL de la République) faisaient trembler l’Angleterre.

L'ILE MAUDITE. -— UN AIGLE EN CAGE. — PRISE D’UN NAVIRE ANGLAIS. — BUTIN.

Midelbourg, le 28 janvier 1804 (an XII).

Mon cher père, quoique éloigné de vous et qu’il ya longtemps que je vous ai écrit, croyez que je suis toujours digne d’être votre fils. Vous n’ignorez pas sans doute que j'ai écrit à mon ami; il a dû vous communiquer mes nouvelles.

Me voilà maintenant exilé dans la Zélande ; il me semble que je suis dans une colonie lointaine, vu la tristesse qui nous environne ; c’est ce qui fait que je vais vous rapporter quelques détails sur ma situation dans cette ile.

Depuis que notre régiment esl en garnison à La Haye et à Leyden, il fournit tour à lour un escadron dans l'ile Valcheren en Zélande; l’on va s’y relever de mois en mois pour y faire un service actif contre les Anglais qui viennent rôder ici afin de surprendre une occasion favorable pour débarquer et venir voler des bestiaux ainsi que toutes autres choses qui peuvent leur convenir.

Le tour du 4° escadron dont je fais partie arriva donc. 1l fallut se disposer pour aller dans l'ile maudite ; nous la nommons ainsi vu que ceux qui y vont en reviennent presque tous malades des fièvres que l'on y gagne à cause de l'air malsain qui domine dans cette saison. C'est le 4er janvier, pour nos étrennes, que notre escadron partit de La Haye pour ce triste séjour. Nous vinmes repasser le Wale, près Gorkum, et loger dans les environs de Vercum, de là à Gertrudemberg, ensuite à Breda puis à Berg-op-Zom ; nous eûmes du bon temps dans ce voyage, logés chez le paysan dans les riches métairies où nous trouvions tout en abondance, Potleram onn Kass, genever, thé, café, toctubak, provisions de viande et de légumes, nous nous trouvions bien plus heureux qu’à La Haye, aussi je me régalai, car j'ai bon appétit. Nous fûmes obligés d’altendre dans les environs de Berg-op-Zoin pendant quatre jours à cause du mauvais temps, vu que la mer était furieuse et que les vaisseaux de transport n’arrivaient pas.

Le quatrième jour, il fallut enfin mettre le pied dans le sabot; vous ne pouvez assez vous figurer quel embarras que d’embarquer la cavalerie ; il fallut au moyen de machines faites pour cela, enlever les chevaux du port et les descendre au fond des vaisseaux qui pouvaient en contenir 40 à 50, chacun avec les hommes, les équipages, etc.

L'on côtoya l’île de Goes, le vent était favorable, et nous arrivämes le même jour après 8 à 10 lieues de traversée, débarquer à Terre-Neer, petit village de l'ile Valcheren. Le lendemain, nous arrivämes à Midelbourg occuper la caserne où était l’escadron que nous venions relever et qui partil aussitôt avec ses fièvreux et alla se rembarquer dans le même transport qui nous avait amenés. Midelbourg est une petite ville assez jolie et assez riche dans une île de la Zélande, dont le terrain marécageux produit peu de grains et beaucoup de légumes; l'on y élève une grande quantité de bestiaux, vu l’abondance des bons pâturages ; mais dans la saison où j’y suis, je n’y remarque par toute l'ile qu'un cloaque ; un air malsain, que l'on y respire, fait que les maladies y sont fréquentes, malgré les grands soins que prend tout le monde pour éviter la contagion; les habitants mêmes ont de la peine à se conserver en bonne

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