‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 31 sur 190 · UNE QUERELLE QUI SE TERMINE BIEN. — JE PARS EN DÉTACHEMENT · texte numérisé non relu

UNE QUERELLE QUI SE TERMINE BIEN. — JE PARS EN DÉTACHEMENT

Utrecht, le 18 février 1804 (an XID.

Mon ami, voilà ma deuxième campagne commencée, puisque, comme tu sais, nous sommes destinés à passer un de ces jours en Angleterre, où il nous faudra faire une guerre terribles mais, comme nous n’y sommes pas encore, parlons d’autres choses.

Le temps de notre séjour en Zélande étant expiré, notre escadron vint se rembarquer à Terre-Neer ; nous avions vingt hommes attaqués de la fièvre. Notre pelit convoi eut un vent contraire, car au lieu de venir débarquer à Berg-ov-

Zom, il s’enfila dans les bras de mer qui environnent les îles de Zélande et arriva, après 24 heures de navigation, débarquer à Dordrecht, puis je passai à Rotterdam avec notre escadron, et, le lendemain, j’arrivai à La Haye, bien content d’avoir échappé au mauvais climat de la Zélande.

Voilà six jours que notre régiment est parti de La Haye pour aller en garnison à Amersfort, afin d’ètre à la portée d’un camp qui va s'établir dans les environs.

Je vais te donner ici le détail d’un petit débat que j'ai eu dernièrement avec Hubert; je ne peux jamais être en paix avec ces mâtins-là ; c'est un de ceux dont je t'ai parlé dans ma troisième lettre par rapport à l'affaire de Châlons à Verdun; le seul avec qui je n’avais pas encore eu querelle depuis. Ce n’est pas une grande conséquence que cette querelle, mais au moins ce qui m'en plait, c’est qu’elle n’a pas eu de mauvaises suites, puisqu'elle m'a valu un ami que je n'avais pas. |

Faisant route de La Haye à Leyden, comme nous marchions tous les trompettes à la tête du régiment, j'eus un différend avec ce Hubert et, touten nous obstinant, je fis tomber son chapeau à terre, qui se trouva foulé aux pieds deschevaux. Hubert ayant mis pied à terre pour le ramasser, puis étant remonté à cheval, vint me porter un coup de poing el je ripostai par un autre sur la figure, de manière que son chapeau tomba une seconde fois dans la boue. Ce que voyant, les officiers supérieurs qui étaient à la tète du régiment, envoyèrent vers nous un adjudant, lequel nous ordonna à tous les deux de mettre pied à terre et de marcher à pied. Je me trouvai tellement contrarié de ce contretemps, que je menaçai Hubert qui en était la cause. Celuici n’en était pas plus content de son côté, si bien que nous étions très en colère l’un contre l’autre. Alors je lui dis: « Tiens, mâtin, c’est une vieille rancune qui nous tourmente, il faut nous contenter et nous battre à notre aise : en voici l’occasion. » Hubert était de mon avis: pour cela il fallut ralentir un peu notre marche, afin de tâcher de nous dérober à la vue des chefs et gagner un bois qui était le long de la route. Ainsi convenu, nous avions déjà sauté dans le bois, cherchant une place propre à nous piocher; comme nous nous imeltions en garde le sabre à la main,

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