‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 32 sur 190 · UNE QUERELLE QUI SE TERMINE BIEN · texte numérisé non relu

UNE QUERELLE QUI SE TERMINE BIEN

deux maréchaux des logis, envoyés exprès après nous, vinrent nous arrèter avec ordre de nous mener auprès du colonel. Notre partie fut manquée ; il fallut obéir. Étant arrivés tous deux en présence du colonel Chalbos, des chefs d’escadron Charpentier et Hug, de mon capitaine et d’autres officiers, l’on nous fit à tous deux une réprimande sévère, nous demandant si nous avions oublié la défense qui nous avait été faite de ne plus nous battre. Je fis mes excuses de mon mieux, et nos chefs qui voyaient que nous étions plus étourdis que méchants, ne nous traitèrent pas à la rigueur. Le colonel décida que nous marcherions à pied jusqu’à Leyden, conduits en avant du régiment par un maréchal des logis. Comme c'est une grande punition quand l’on fait marcher des cavaliers à pied, les autres riaient et nous badinaient de nous voir ainsi tirer le jarret dans la boue et les mauvais chemins, l’espace de trois lieues, tandis que nous menions nos chevaux par la bride. Cette circonstance nous fil tourner notre colère en plaisanterie el nous reconnûmes tous les deux toute l'étendue de la bêtise que nous avions faite. Chemin faisant nous nous procurâmes une bouteille de genièvre avec quoi nous fimes la paix. Hubert et moi nous devinmes amis.

Ainsi j'arrivai à Leyden qui est une ville assez considérable, ayant quelques belles rues. Le lendemain, l’on se dirigea sur Voerden, petite ville bien forlifiée, environnée de marécages arrosés par un bras du Rhin. C’est de cet endroit que l’on forma un détachement de trente hommes, tirés de chaque compagnie du régiment, avec un officier, un maréchal des logis, deux brigadiers, un trompette. Ce détachement devait venir demeurer à Utrecht pour servir d’escorte au général de division Boudet. C'est moi qui fus appelé à faire partie de ce détachement. Je fus demandé par le lieutenant Faigard, commandant le détachement, lequel m'a choisi de préférence, comme étant de la même compagnie. je t’assure que je suis bien content de me trouver détaché du régiment qui va être tourmenté en garnison, vu le caractère tracassier et minutieux d’un nouveau gros major, nommé Montaulon, qui vient d’en prendre le commandement; c'est un vieux radoteur que le ministre de la Guerre envoie, soi-disant pour refondre notre

régiment ; il paraît que le colonel Chalbos a mal gouverné son administration puisqu'il est disgracié.

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