DESCRIPTION ET BEAUTÉ DU CAMP DE ZEST. — INCENDIE RISIBLE
Du camp de Zest, le 5 juillet 180% (an XID).
Mon cher père, me voilà, à l’âge de 18 ans, dans une des plus agréables situations où je me suis jamais vu; je ne crois pas qu’on puisse être plus heureux dans le métier militaire ; aussi je sais tirer bon parti de mon état.
Depuis le mois de mai dernier, toute l’armée de Hollande s'est réunie aux ordres du général en chef Marmont (depuis duc de Raguse) qui a établi et fait former un superbe camp de plaisance qu’on appelle le camp de Zest.
Ce camp est assis dans une belle grande plaine de bruyères entre Utrecht et Amersfort ; il se compose d'environ 40 mille hommes, non compris les dépôts et les troupes qui sont restées pour faire le service des places fortes, puisque l’armée française en Batavie se monte à plus de 60 000 hommes. Le détachement dont je fais partie a quitté Utrecht vers le 20 avril dernier avec le général Boudet; nous sommes venus Cantonner dans un village nommé Dorn, où nous sommes très bien logés chez les plus riches paysans.
À une portée de carabine de ce village, se trouve le chäteau de Moesberg, où loge notre général ainsi que notre lieutenant. Ce dernier est un brave homme, un officier de mérite qui n’est pas trop fier, auquel je puis vous assurer être bien attaché parce qu’il m'aime bien, puisque je suis son favori et son confident. Tous les matins, je vais le voir pour boire la goutte, puis lui faire sa queue, vu qu’il n’y a pas de perruquier au détachement et que c’est moi qui suis le coiffeur de mon lieutenant. Souvent aussi il me fait déjeuner avec lui, après toutefois me l'avoir fait gagner: c’est-à-dire que M. Faigard est un amateur, il est musicien et bon tireur ; il joue de la clarinette, et, comme j'ai toujours pratiqué cet instrument, je me trouve dans le