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LE CAMP DE ZEST

cas de le seconder ; nous répétons souvent ensemble des duos et différents morceaux de musique de fantaisie. D’autres fois, comme je commence aussi à tirer proprement des armes et que mon lieutenant possède une paire de fleurets et de masques et qu’il aime cet exercice autant que moi, nous poussons une botte ensemble, et, comme il est surtout beaucoup plus fort que moi, je me perfectionne avec Jui ; je puis dire avoir un appui et un bienfaiteur. Oh! mon cher père, que je suis heureux et content! Je garderai toujours le souvenir de Moesberg.

Ayant déjà eu beaucoup d'occasions de parcourir le camp, je profite du loisir que j’ai aujourd’hui, étant de service à la tente de notre général, pour vous en donner ici une petite description.

D'abord, ce camp ressemble à peu près à une grande ville fortifiée. Chaque division, chaque régiment occupe un terrain parallèle, formé carrément et divisé par quartiers, lesquels se trouvent limilés et entourés de redoutes élevées en terre et gazons, si bien que toute l'artillerie s’y trouve logée : dans l’enceinte de chaque quartier, les divers régiments ont construit en bois de sapin et gazon des rangées de baraques parallèles, ce qui forme de longues rues, larges et bien alignées ; derrière ces rues principales, il y a une seconde ligne de rues formée de tentes de toile bien disposées, également bien alignées; dans les intervalles, de place en place. l’on y voit quantité de baraques et tentes plus élégantes les unes que les autres; ce sont celles des officiers, et puis des cafés, des cantines où l’on se procure tout ce que l’on peut désirer.

Puis, à la droite de chaque régiment, se trouvent les tentes plus élégantes des colonels ; et puis à la droite de chaque division, l’on voit les tentes encore plus jolies des généraux et de leurs états-majors ; ces dernières ressemblent à des lieux enchantés, elles réunissent tout ce que l’art et le bon goût peuvent avoir de plus agréable ; en général tout se distingue par grades, par la richesse des ornements, la beauté, la variété des couleurs, les tapis de verdure et de fleurs, les ombrages, les guirlandes de feuillage, etc.; enfin, derrière les tentes et les baraques sont établies les cuisines à des distances convenables ; et les magasins de

vivres se trouvent disposés pour chaque division hors l’enceinte du camp. Îl n’y a que trois régiments de cavalerie, le 6e hussards, le 8° chasseurs et le régiment de hussards hollandais, le tout se trouve cantonné à Amersfort à deux lieues du camp et dans les environs.

La saison est charmante, et je prends une part active aux agréments de cette campagne ; tous les dimanches l’armée sort du campet va se ranger dans la plaine, où le général en chef la passe en revue, et ensuite il fait exécuter des grandes manœuvres, des exercices à feu, ou la petite guerre, et, à la fin de chaque revue, toute l’armée, infanterie, cavalerie, artillerie, défile devant les généraux, au son d’une bruyante musique. Je suis-tous ces mouvements avec plaisir, toujours accompagnant notre général; je n'avais jamais vu tant de troupes réunies ; c'est un bonheur pour moi de considérer une armée en mouvement: voilà ce qui offre un des plus beaux coups d'œil que l’on puisse voir.

A propos de coup d'œil, j'en ai vu un dernièrement qui m'a paru curieux et bien risible. Voici comment: pendant que l'on faisait la petite guerre, des canonniers ont mis le feu en plusieurs endroits aux bruyères qui sont très épaisses et très étendues dans la plaine où l’on manœuvrait ; alors l'incendie se communiqua en peu de temps dans l'étendue d'environ une lieue carrée, si bien que les troupes se trouvèrent comme enveloppées, et sur le point d’être atteintes par les flammes, ce qui mit une espèce de confusion dans les rangs et empècha d'entendre et de suivre le commandement. Puis l'épaisseur de la fumée, qui enveloppait les colonnes, empèchait de voir leurs mouvements, si bien que la plupart des régiments se désunirent et se retirèrent chacun pour leur compte les uns d’un côté, les autres de l’autre; l’armée se trouva bientôt pèle-mêle, afin de se tirer au plus vite de la plaine enflammée ; c'était un charivari et une déroute complète dans toute l’armée ; ce qui fit rire tous les généraux et leurs étatsmajors, ainsi que tous ceux qui se plaisent à voir un beau désordre. Ce qui était plus farce encore, c’élait d'entendre les cris d’une foule d’habitants des environs, surtout des dames hollandaises qui étail venues au camp par curiosité

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