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LE COLONEL CURTO

La manière dont j'avais expédié mon hussard hollandais avait beaucoup plu à mes camarades, ce qui fait que je suis toujours le bienvenu dans toutes sortes d'occasions; ils peuvent compter sur moi quand il s’agit de quelques parties de plaisirs, enfin d’un coup de main.

Il m’arriva encore plusieurs aventures pendant mon sé- : jour à Utrecht, qui ne sont pas assez remarquables, mon ami, pour te les rapporter.

LE COLONEL CURTO. — CHANGEMENT DE COMPAGNIE ET DE CHEVAL. — : FORMATION D’UNE MUSIQUE.

Amersfort, le 20 juin 1805.

Mon cher Père, dans le courant de mars dernier, notre détachement reçut l’ordre de rejoindre le régiment qui se trouvait en garnison à Deventer, où nous arrivâmes après deux jours de marche. Là chacun rentra dans sa compagnie. Je m'aperçus bien qu’il y avait un grand changement dans le 8 chasseurs qui avait reçu un nouveau colonel. Justement le jour où j'arrivai, l’on faisait une nouvelle organisalion dans le régiment, qui me fait passer trom-

1. C’est à Deventer, vers le commencement de l’année 1805, que le 8° régiment de chasseurs reçut pour son chef le colonel GCurto. Ce digne homme arriva bien à propos pour refondre et réorganiser le régiment et son administration que le vieux major Montaulon avait gâtée à force de tracasseries et de théories, si bien qu’il existait une espèce de confusion sous son commandement, et le régiment n’en valait pas mieux. C’est pourquoi je me plais à faire ici l’éloge du colonel Gurto et à rendre justice à ses talents militaires et à ses qualités personnelles puisqu'il est vrai que, sous son administration, le 8° régiment de chasseurs à cheval devint un des beaux et bons régiments, ayant été dressé et exercé dans tous les genres de manœuvres dont le colonel était l'inventeur. Partout où le régiment se trouvait, soit en garnison, soit en cantonnement, soit en route, le service était agréable dans les intervalles, vu que notre colonel donnait toujours lieu à des récréations, à des fêtes, à des prix d’adresse, à des récompenses aux plus habiles, tout ce qui pouvait être dans le goût des militaires. Enfin 1l était aimé de tout son régiment. Cet état de choses commença à Deventer.

pette dans la 2 compagnie. M. Periolat est maintenant mon capitaine, c’est un brave homme ; il aime la justice autant qu'il est curieux de sa compagnie.

Ce que je regrettai le plus dans ce changement, c'est mon bon cheval, mon beau cheval auquel j'étais tant attaché; il fallut le laisser à la 4e compagnie.et l’on m'en donna un autre qui est une rosse en comparaison ; c’est une jument grise que l’on nomme Bergère, à cause de sa douceur et de sa mollesse.

Cependant je tombai bientôt malade à Deventer: je fus attaqué de la fièvre, ce qui m'empècha quelque temps de faire mon service. Cette maladie me déploya, ‘et me fit grandir tout à coup.

Vers le moisde mai, le 8° régiment de chasseurs partit de Deventer pour revenir à Amersfort à la portée du camp de Zest, ou l’armée est déjà réunie pour la 2e campagne. La garnison d’Amersfort est assez agréable. C’est une petite ville champètre ; l'on y voit des récoltes et des magasins considérables de tabac. Ce qu’il y a de curieux, c’est une manufacture de bouteilles et autres ustensiles de verrerie.

Notre colonel vient de créer une musique au régiment ; c'est-à-dire que jusqu'alors nous n'avions toujours été que des trompettes qui sonnions des fanfares comme une musique guerrière ; maintenant nous allons être une musique d'harmonie organisée avec tous les instruments nécessaires. On a fait venir un chef de musique, on a choisi des trompettes et des chasseurs ayant quelque connaissance dans cette partie ; on s’est procuré quelques musiciens gagistes pour compléter aulant que possible.

Je suis désigné pour faire ma partie comme seconde clarinette, ce que je pratique avec attention. C’est le capitaine Planzeaux, qui est un amateur, qui se charge de l’organisation de la musique , il y met des soins et de l'activité, et les désirs du colonel sont déjà remplis. Nous sommes habillés tous à neuf d’un uniforme particulier (jaune serin, velours vert, bien galonné). Notre petite musique est déjà en état de figurer où il faut, à la tête du régiment, à pied comme à cheval, au camp comme en route; enfin je suis content de mon nouvel état; cela ne m’empêche pas de faire mon service de trompette comme d'habitude. Il me

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