‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 47 sur 190 · DÉLIVRANCE · texte numérisé non relu

DÉLIVRANCE

pressés depuis les reins jusqu'aux pieds, et entremélés dans nos manteaux qui nous entortillaient si bien que nous n'avions pas assez d'espace pour nous débarrasser. C’est alors que nos deux camarades en appelèrent d’autres qui accoururent successivement pour voir la farce ; ensuite ils nous délivrèrent en nous tirant l’un après l’autre par les bras. C'était surtout Henriette qui attirait la curiosité; et puis c'était de rire et de plaisanter à n’en pas finir: « Eh bien ! nos gaillards, nous disait-on, en nous voyant respirer et nous rajuster, nous nous sommes bien doutés qu’il vous était arrivé quelque aventure, puisque l’on ne vous a pas vus hier de la journée »... — Et c'était toujours de rire. Alors, pour mettre fin à celte comédie, je proposai d'aller boire le genièvre que nous avions bien gagné. Henriette avait bien du chagrin de tout cela ; elle était honteuse de se trouver en présence de tous ces militaires rieurs. Les camarades l’adiniraient, car l’espèce de confusion où elle se trouvait la rendait encore plus intéressante. Tous, en blaguant, l’engagaient à demeurer avec la musique à Huiss- Dunes ; mais elle voulut à toute fin retourner de suite chez elle; ce fut Alexandre qu’elle choisit pour l’accompagner, étant fâchée après moi de l’avoir plaisantée.

Ainsi finit l’aventure de la prairie, qui fut la nouvelle du jour; je te laisse, mon ami, juge de ma conduite dans cette occasion ; tu dois penser que des jeunes militaires doivent en être ravis.

DÉBARQUEMENT. — DÉSORDRE. — LES CHEVAUX MALADES. DÉPART POUR L’'ALLEMAGNE.

Nimègue, le 14 septembre 1805.

Mon cher père, 45 jours s'étaient écoulés à Huiss-Dunes où la musique du régiment faisait ses farces, quant tout à coup l’armée reçut l’ordre du débarquement. Il parait que nous allons nous transporter rapidement en Allemagne ; les Autrichiens viennent encore de déclarer la guerre aux Français, ils marchent déjà vers nos frontières. Voilà donc

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nos projets sur les Anglais tombés dans l’eau. Ces fameux Anglais ont peur de nous, ils emploient toutes les intrigues de la malice, afin de faire une diversion et de se débarrasser de nos menaces ; ils fournissent des trésors aux autres nations pour nous attaquer ; el ce sont les Autrichiens qui vont mordre à la grappe; les pauvres gens! ils doivent bien savoir que les Français ne les craignent pas plus que d’autres et que nos armées sont trop bien organisées pour ne pas vaincre encore ; d'ailleurs l'Empereur des guerriers est avec nous.

C'était le 5 septembre, je me trouvais dans les dunes à quelque distance du hameau, ayant le sabre à la main occupé à vider une querelle avec un camarade (Denigot), lorsqu'on vint nous chercher pour le départ. Il fallut de suite ramasser nos paquets et aller rejoindre le régiment. En arrivant sur le port, je cherchai après le vaisseau « die Trie Zusters », que je trouvai abordé au port. L'on mettait à terre tous les chevaux et les équipages et chacun reprenait ce qui lui appartenait. C'était encore un remue-ménage à peu près semblable à celui de l’embarquement. Je retrouvai ma pauvre Bergère que depuis si longtemps je n'avais pas revue. Ce qui me fâcha, c’est que je ne retrouvai pas sa selle que l’on avait séparée du reste de mon équipement. L'on avait changé ma bonne selle contre une qui ne me convenait pas. Il fallait de suite évacuer le port; cette circonstance me fit souvent disputer. Notre régiment se mit en marche le mème jour du débarquement, revenant sur Alkamar, où l'on se trouva dispersé, logeant pêle-mêle à volonté et au plus tôt près. Le lendemain, 6, encore à la débandade aux environs d'Harlem, le 7, aux environs d'Amsterdam. L'on s'arrêta quelques jours à Papentreck, grand village situé à 3 lieues d'Amsterdam, le long d’une grande rivière (le Mœærdik) : c’est le plus beau village de toute la Hollande, il est remarquable par une grande quantité de cigognes. Sur la plupart des maisons il y a un nid de cette espèce d'oiseau dont Îles habitants sont idolâtres ; c’est un honneur et un bonheur pour celui sur la maison duquel la cigogne a fait son nid.

Le 8° régiment de chasseurs partit de Papentreck un peu mieux en ordre qu’il n’y était arrivé, continua sa:route

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