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LES CHEVAUX MALADES

pour Vœrden-Rhenen-Arnheim et passa le Rhin qui prend le nom de Wal à Nimègue, qui est la première ou la dernière ville de Hollande de ce côté ; elle est assez bien fortifiée comme une ville frontière.

Ainsi, mon père, voilà donc huit jours que nous sommes en marche pour faire environ 40 lieues. Cependant la situation de notre régiment n'était pas brillante, comme vous allez en juger. Les pauvres chevaux qui avaient été pendant 40 jours embarqués sans bouger de place, furent forcés tout à coup par la marche, si bien que le régiment se trouva tout désuni pendant plusieurs jours; chacun suivait comme il pouvait, marchant souvent à pied, trainant les chevaux par la figure et faisant une queue de 12 à 45 lieues. Par bonheur, l’on ne manquait pas de ressources. Beaucoup de chevaux se trouvèrent blessés plus ou moins, sous la selle, sur le garrot, sous le porte-manteau, sous la croupière, sous les sangles, ou boileux. C'était une véritable infirmerie ambulante que notre régiment; jusqu’à ce que les chevaux s’endurcissent peu à peu à la marche. Si les Anglais nous eussent vus arriver chez eux dans cet équipage, ils auraient eu bon marché de notre cavalerie. Je vous dirai que j'ai le même einbarras avec ma pauvre Bergère, il lui survint un cor sur les côtes, qui fut causé par la cheville d’une lame de la selle qui est sortie de son joint pendant cette marche.

À présent que nous sommes à peu près rassemblés à Nimègue, c’est là que finit le séjour de notre régiment en Hollande, qui a duré deux ans et un mois ; pendant lequel temps j'ai parcouru ce pays dans presque toute son étendue. Je m'y suis comporté de mon mieux comme vous avez pu le voir dans mes lettres; je n’ai fait d’autres exploits que de me fortifier et de m'instruire suivant les occasions ; je n’ai pas encore fait la guerre, parce que l’on ne nous a pas encore fait voir nos ennemis ; mais je suis soldat et cavalier achevé ; je me trouve capable de me mesurer avec mon ennemi aussi bien qu’un autre quand l’occasion s’en présentera.

Adieu, mon père, je laisse la Hollande à sa place pour aller en Allemagne...

GRAVE IMPRUDENCE EN TRAVERSANT LE RHIN. — PÉRIL. — Mon DÉSESPOIR DE FAIRE COUPER MA QUEUE. — EN ROUTE POUR LA GLOIRE.

Mayence, 27 septembre 1805 (Vendémiaire an XIV).

Mon ami, après avoir marché environ 70 lieues depuis Nimègue, je suis arrivé à Mayence, cette ville de guerre si célèbre par ses belles fortifications ; le Rhin passe au pied de ses murailles et lui fait un beau rempart du côté

du Nord.

Notre régiment suivit la rive gauche du Rhin, qui se

prolonge jusqu’à Binguen en une superbe côte ou montagne qui s’élève par pentes douces, plantée et variée selon le terrain de toutes sortes de productions, dans cette saison d'automne où les fruits sont en abondance.

J'ai fait pendant cette marche mon service de musicien à la tête du régiment et ailleurs, puis mon service de trompette comme d'habitude à la compagnie; c’est pour dire que je fus assez heureux, même au milieu de deux événements qui m'arrivèrent, l’un périlleux et l’autre extravagant, tels que je vais te les rapporter. Notre régiment en partant de Nimègue suivit sa route par Clèves, Calcar, Gueldres, Meuz, Creveld, Neuss, etc., qui sont toutes petites villes peu remarquables ; c’est aux environs de Neuss, située sur le bord du Rhin à la hauteur et vis-à-vis Dusseldorf, que m’arriva une aventure qui m'exposa dans un grand péril. La 2 compagnie dont je fais parlie, se trouva détachée du régiment (comme cela arrive assez souvent), pour aller se loger dans un petit village proche la montagne ; lorsque l’après-midi, nous trouvant en récréation plusieurs camarades ensemble, il nous prit fantaisie de nous baigner dans le Rhin. Je suis devenu très hardi dans l’eau. Mon camarade de lit (nommé Billard) se trouvait avec moi. Il s'agissait de faire une bravoure ensemble, si bien qu’un défi fut proposé et accepté entre nous, avec un dédit de dix bouteilles de vin pour celui qui

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