VII PRÉFACE
« Cela, dit-il, me dédommagea de mes frais de voyage. » Chevillet avait peu de scrupules envers les Cosaques, mais je crois bien qu’en ce temps-là je n'en aurais pas eu plus que lui.
Chateaubriand a dit dans les Mémoires d’Outretombe qu’en 1814 « les membres de l'ancienne famille royale étaient aussi inconnus de la France que les enfants de l'Empereur de la Chine ». Les Souvenirs du brave Chevillet confirment, sur ce point, les Mémoires du grand écrivain royaliste. « Né dans le commencement de la Révolution, écrit-il, Je passai ma tendre jeunesse à travers ses orages, sans connaissance de ses causes. Je n'avais jamais connu ni entendu parler de la famille royale ni de ses adhérents. J'avais toujours ignoré leur existence et leurs prétentions. C’est pourquoi je ne m’imaginais pas qu'il dût y avoir un nouvel ordre de choses, lorsque les grands événements de 1814 et de 1815 vinrent se succéder vigoureusement pour refondre l'esprit et les principes de la nation française. »
Chevillet connut la douceur du nouvel ordre de choses par la suppression de sa dotation, ou plutôt par une interruption de paiement qui devait se prolonger jusqu'en 1821. Du moins, il fut maintenu d’abord dans ses fonctions de garde champêtre. Là, pendant la longue et cruelle occupation de 1815, sa connaissance de l’allemand, sa fermeté et son habileté rusée l’aidèrent à rendre de sérieux services à la ville et aux communes voisines. Il servait d’interprète, vérifiait et discutait les ordres de réquisition, faisait parfois