MA CINQUIÈME CAMPAGNE
toujours victorieuses. Depuis Ulm, plusieurs affaires ont encore eu lieu avec l'ennemi, à Memmingen, Langenau, Neresheim, Lamback, Steyer, Amstetein, etc... Les Russes sont arrivés pour se faire battre ; nous savons qu'ils ont une armée de 400 000 hommes qui marchent fdans ce pays, comme auxiliaires, pour soutenir la cause des Autrichiens. Ces Russes que l’on dit si fameux soldats, ne peuvent non plus résister au choc de nos phalanges triomphantes, puisqu'ils battent déjà en retraite.
La rapidité de nos exploits a fait que le mois de vendémiaire, an XIV (octobre 1805), compte pour une campagne à toute la Grande Armée, par un décret de l'Empereur. Ce qui fait que voilà par rapport à moi ma cinquième campagne commencée. Après la capitulation d'Ulm, notre régiment, se trouvant avec le 6e régiment de hussards sous le commandement du vieux général Lacoste, vint repasser le Danube à Ehingen, se dirigea sur Biberach et vint passer l’Lller aux environs de Memmingen. Ensuite nous nous portâmes à Mindelheim qui est une jolie petite ville, puis, dans les environs d’Augsbourg ; nous traversâmes cette grande ville pendant la nuit ainsi que le Leck pour aller prendre position sur la hauteur de Friedberg ; c’est alors que je remarquai un grand nombre de chevaux morts tout le long des routes, des caissons et des voitures renversés dans les fossés ou abandonnés dans les mauvais chemins. Voilà le tableau de la guerre ! Notre régiment se dirigea vers Pruck et vint passer l’Iser, aux environs de Mosbourg, puis s’enfonça dans les bois et arriva déboucher dans la fameuse plaine de Munich, plaine aussi curieuse que remarquable par sa vaste étendue. C’est un terrain uni et inculte où l’on voit une grande quantité de gibiers, surtout des lièvres. Ce jour-là, notre régiment vint prendre position et établir ses bivouacs près d’un village de ces environs.
Le lendemain, nous traversämes la ville de Munich capitale du royaume de Bavière ; de là, nous nous dirigeâmes par Pamkirch, Kilsbibourg, Neumarckt, éclairant les rives de l’Inn que nous devions passer à Brannau; mais nous revinmes par Muhldorf passer cette rivière à Vasserbourg. Dès cette époque, l’armée française avait parcouru toute la
Bavière et en avait chassé et balayé tous les Autrichiens ; alors il nous fallut les poursuivre sur leur territoire en suivant les différentes directions que chaque corps d'armée prenait.
Notre régiment se porta successivement des rives de l’Inn, par Trosbourg, Altenmark, traversant les montagnes et les bois immenses du duché de Salzbourg; nous arrivâmes proche cette ville, aux environs de laquelle on re” marque la fameuse montagne de Sel que l’on fouille comme des carrières, et d’où l’on tire du sel blanc comme du sucre.
L'on tire ce sel par pierres grosses ou petites à volonté, comme l’on tire, je suppose, les pierres de taille dans les carrières aux environs de Pontoise. De ces carrières de sel (Salz, en Allemand), la ville de Salzbourg et la rivière de Salzach tirent leur nom.
Les habitants de ces pays ne sont pas sociables ; nous en voyons peut-être la moitié qui ont confiance aux Français, l’autre moitié se sauve dans les bois, ils ont tort: car ceux qui demeurent et n’abandonnent pas leurs propriétés trouvent protection parmi nous, au lieu que, quand nous trouvons les habitations désertes, l’on fouille et l’on retourne tout sans ménagement, ce qui nous devient souvent avantageux, quand l’on se plait dans le désordre, comme, par exemple, dans la circonstance suivante: {1 y a quelques jours, me trouvant bivouaqué avec notre compagnie dans un village de ces pays sauvages, au bord de la Salzach, où presque tous les habitants avaient pris la fuite, je m’occupais à miner partout où mon imagination me portait (miner est le terme en usage parmi nous autres chasseurs, pour dire marauder: c’est un talent de savoir miner, et je suis assez bon mineur). Je découvris une espèce de souterrain pratiqué dans des rochers que la Salzach arrose ; cet endroit était impénétrable, ce n’est que le hasard qui m’y conduisit ; il me sembla que de grosses pierres avaient été entassées là exprès et j’eus l’idée qu’il y avait une cachette. J’allai en faire part aux camarades que j’amenai avec moi ; notre espoir se réalisa. Après plus de deux heures de travail pour déranger les pierres, nous vimes une porte extrèmement forte ; il nous fallut la briser avec une hache et d’autres outils, et nous ouvrimes après beaucoup d'efforts