DÉCOUVERTE D’UNE CACHETTE
un souterrain assez vaste que nous trouvâmes rempli de toutes sortes d’effets, meubles, provisions. Chacun s’empressa de chercher le magot et nous trouvâmes en effet plusieurs boîtes qui contenaient de quoi nous contenter. Alors nous réunimes tout ce qui élait valeur intrinsèque, nous en fimes trois lots à peu près égaux, et nous partageâmes en frères ; j’eus pour ma pari environ 80 goulden en argent, puis une chaîne d’or de trois pieds de long avec une croix à l’usage de femme, deux couverts d'argent, une paire de boucles, quelques beaux mouchoirs de soie et d’autres effets qui me devenaient utiles; si bien que je n'aurais pas donné ma part pour 200 goulden. Plusieurs de nos amis, ayant appris notre découverte, y allèrent successivement, et ils trouvèrent encore beaucoup d'objets qui nous avaient échappé.
Vous penserez peut-être que nous sommes des voleurs non! quand l'on fait la guerre sur le pays ennemi, l’on prend ce que l’on trouve, quand personne ne s’y oppose et c'est toujours le plus malin qui attrape l’autre. D'ailleurs nous appelons cela le droit de guerre ou le droit du plus fort, comme vous voudrez. L’appât du gain anime le soldat ; il se bat pour conquérir ; et son alternative est d’être malheureux, pauvre ou riche, et de finir souvent par se faire tuer. Au résumé, notre compagnie n’avail pas encore rencontré un bivouac où il y eut tant d’abondance. Ce fut une nuit de fête et c'est le cas de dire qu’un peu de bon temps fait oublier toute la peine.
Le lendemain, notre régiment passa la Salzach au-dessus de Salzbourg, et se porta par Neumarck à Frankmark; puis à Lambach, où se trouvait alors le grand quartier général de l'Empereur. Là, notre régiment passa la Traun et se porta par Kremsmunster à Steyer, petite ville au confluent de la Teisch dans l’Enns. L’ennemi voulut encore défendre à nos troupes le passage de cette rivière, et il fut encore culbuté.
. Ensuite notre régiment prit de nouvelles directions toutes différentes de celles de la Grande Armée, qui marche sur Vienne, et nous nous portâmes sur les rives de l'Enns. Ainsi, mon père, voilà encore une course d’environ 140 lieues de faite depuis Ulm. Dans ces pays, l'hiver com-
mence à se faire sentir; cependant je fais comme les autres, je prends le temps comme il vient, je suis content, vu que je me porte bien et qu'il ne me manque rien.
MARCHE DANS LES MONTAGNES DU TyYRoOL. — LES ALPEs. — Nos PEINES. — ÜN DE MES TOURS D’ESCAMOTEUR.
De Lientz, le 23 novembre 1805.
Mon ami, c'est au milieu des frimas et dans les forêts, dans les montagnes du Tyrol enfin, vers les rives de l’fnn, que je trouve l’occasion favorable de te donner quelques détails relatifs à ma situation dans ces pays extraordinaires, Car je ne me serais jamais imaginé qu’il y en eût de cette sorte sur la surface de la terre. Quelle différence, en comparaison de notre belle patrie ! Tu as dû apprendre par mes précédentes comment j'ai débuté dans cette campagne jusqu'à mon arrivée à Steyer. Maintenant, depuis que nous sommes séparés de la Grande Armée, nous suivons (toujours sous le commandement du général Marmont) une nouvelle direction; nous observons le Tyrol, la Styrie et la Carinthie, afin de nous mettre en mesure de faire jonction avec l’armée d'Italie qui marche aussi de son côté en Autriche et combine ses mouvements avec les nôtres, pour empêcher les divers corps ennemis dispersés dans ces contrées de se rallier et de nous opposer des obstacles qui pourraient gâter les opérations ultérieures.
Dans ces circonstances, voici à peu près la marche de notre régiment. Depuis Steyer nous nous porlâmes successivement à Weyer, Altenmarck, Mautern, Rottenman, éclairant toujours les environs de la rivière l'Enns; ensuite nous nous dirigeâmes par Halstadt, Gossach, Werfen ; alors nous nous trouvâmes encore sur les rives de la Salzach, mais sur un autre point du pays de Salzbourg. Puis nous pénétrâmes dans ce redoutable Tyrol par Saint-Bartholomé, Waydering, et les environs de Kuffstein, petite ville fortifiée sur l’inn qui se trouve occupée par de l’infanterie française qui observe ses positions jusqu'à Inspruk, capitale du Tyrol. Je t’assure, mon ami, que nous éprou-