‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 61 sur 190 · DANS LA GORGE DE DOLACH · texte numérisé non relu

DANS LA GORGE DE DOLACH

nous avancions au trot dans ce défilé sauvage, couvert de bois à droite et à gauche. Nous marchâmes plus de deux heures, sans rencontrer personne, pas même d'habitation. Cependant je trouvais le chemin ennuyeux, mon intention était de me joindre à l’avant-garde afin de communiquer avec mes camarades, mais je craignais que mon capitaine ne me rappelât à ma place. Néanmoins je tentai de m'’avancer, puis lorsque par un détour du chemin je ne fus plus en vue de mon capitaine, je pressai mon chevalet j’arrivai bientôt vers l’avant-garde qui arrètait dans ce moment deux soldats kaiserlites qui faisaient les traitnards et qui étaient bien surpris de voir des cavaliers français à leurs trousses ; ils se rendirent sans résistance, nous leur fimes briser leurs fusils et jeter leur armement dans la neige sur les côtés de la route. Nous les interrogeâmes; leurs réponses étaient assez favorables pour nous. Aussitôt je me chargeai de les conduire au capitaine qui les interrogea aussi ; il en résulta que ces deux soldats nous apprirent ce que l’on voulait savoir. Il y avait apparence que nous allions bientôt atteindre leur corps, qui n’était qu’un bataillon de 3 à 400 hommes qui devait s'arrêter à Dolach, village situé dans cette gorge. Alors je retournai de suite à lavant-poste, puis j’allai joindre les deux éclaireurs, parce que j'étais bien aise d’être un des premiers à la découverte. Quand je fus joint à Jupin et à Veber, nous apercûmes un autre Kaiserlite. Nous courûmes dessus et l’arrêtâmes. Comme je parlais allemand beaucoup mieux que mes camarades, je pris aussitôt la parole en sommant le Kaiserlite de se rendre, ou bien il était mort. Il n’hésita pas à jeter son fusil et sa giberne dans la neige en demandant « Pardonn Fransouss! » {1 nous apprit que son bataillon pouvait avoir encore une heure d'avance. Nous continuämes notre route ; lorsque j’aperçus devant nous une maison seule. Je résolus aussitôt d'avancer au galop, afin d'y miner quelque chose, s’il y avait moyen, avant que les camarades y arrivassent. Qui fut dit fut fait; je vis que c'était une espèce d’auberge, où, ayant mis pied à terre, j’entrai et trouvai le paysan et sa femme. Alors je m’annonçai militairement en allemand.

Le paysan et sa femine ne pouvaient revenir de leur sur-

prise après ce discours où je leur disais qu’ils n’eussent pas peur, que je voulais des vivres, qu'il me fallait du pain blanc, de l’eau-de-vie et de l'argent, que c'était l’ordre de la guerre et que nous venions 500 hommes, chasseurs à cheval, etc. Ils ne pouvaient pas croire que je fusse un Français et que nous fussions si proche. Ces pauvres gens ne savaient que devenir, ils voulurent se sauver, je les retins et les rassurai avec quelques explications, si bien que je ne pus m'empêcher de rire en voyant la bonne foi et l’empressement que ces habitants mettaient à m’offrir ce qu'ils avaient. Jamais ils n’avaient vu de Français dans leurs montagnes. Le paysan m’apporta une bouteille de schnaps, il n’y avait pas d’autres vivres, les Autrichiens qui venaient de passer avaient tout consommé. J’allai aussitôt retrouver Jupin et Veber qui m’attendaient à la porte et nous vidâmes la bouteille de schnaps en continuant notre marche. Cependant nous nous attendions à bientôt rencontrer l'ennemi ; il fallait nous disposer à le surprendre de manière à ne pas lui donner le temps de se reconnaitre ; cela allait dépendre comment nous allions arriver sur leur arrière-poste. Alors j'observai à mes deux camarades qu’en cas d'événement, il ne fallait pas nous compromettre les premiers, qu’il serait plus convenable de nous réunir à notre avant-garde ; que le brigadier Lang était un vieux soldat qui connaissait son affaire, ferait son devoir et que nous n’aurions qu’à le seconder. En effet, nous attendimes l'avant-garde pour lui faire part de ma réflexion. Alors le brigadier prit ses mesures en conséquence. Après une demi- - heure de marche, nous aperçûmes une sentinelle sur le milieu du chemin ; nous marchâmes dessus tranquillement, tous les douze que nous étions, sans faire aucune démonstration bruyante ; la sentinelle nous voyant approcher, nous cria son verdaw ! Alors nous fimes halte ; le brigadier Lang qui était Allemand s’avança quatre pas et répondit au Kaiserlite : « Ne tire pas! camarades hussards autrichiens, reste tranquille ! » Cette ruse nous réussit au gré de nos désirs, vu que la sentinelle prit si bien le change qu’elle laissa approcher le brigadier jusque sur elle sans se douter que nous étions des Français qui venions les chercher dans ces parages glacés. Ce ne fut que lorsqu'elle vit qu'on lui pre-

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