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QUATRE CENTS AUTRICHIENS PRISONNIERS

serlites que nous trouvions et qui, la plupart, sortaient précipitamment des maisons. Notre capitaine courait partout en disant : « Chasseurs, ne donnez pas de coups de sabre, ne les blessez pas, ces malheureux ! ils sont à nous; faitesles prisonniers et qu’on s’assure bien des fusils, il faut tous les casser !.. » Qui fut dit fut fait. Nous surprimes tous ces Autrichiens et pas un seul coup de fusil ne fut tiré de leur part.

C'est ainsi, mon ami, que 75 chasseurs réussirent à se rendre maîtres du village de Dolachet d’un bataillon de 400 Autrichiens.

SUITE DE LA PRÉCÉDENTE. — LE JEUNE OFFICIER ET SA MONTRE. — Les 10 SERGENTS. — LE PAYSAN DE DoLacx. — BuTIN. — DÉPART AVEC NOS PRISONNIERS.

De Sachsembourg, le 27 novembre.

Mon ami, je continue ma lettre d'hier pour te relater ma conduite particulière pendant l’action de Dolach, où j'arrivai comme trompette à la tète de notre compagnie en sonnant la charge ou plutôt l’épouvante pour l’ennemi. Aussitôt je pris part comme tous nos chasseurs à l'action. Je débutai d’abord par me lancer au galop sur trois ou quatre Kaiserlites que j’aperçus jetant des brassées de bois qu’ils apportaient à leur bivouac, pour courir à leurs fusils . qu'ils allaient prendre à un gros faisceau où j’arrivai aussitôt qu'eux ; je fonçai dessus à coups de sabre et les bousculai avec mon cheval ; j'en renversai deux à terre dans le milieu du faisceau d'armes qui se renversa sur eux, je les menaçai de les tuer s'ils ne se rendaient aussitôt prisonniers. Alors je ne pus m'empêcher de rire de ma colère, en voyant ces pauvres diables se débarrasser parmi ce monceau d'armes et de sacs, puis ôter leurs shakos et leur giberne en demandant : « Pardonn Fransouss! » Je les écertai de leurs armes en leur défendant d’en approcher. Puis, j'allai à la rencontre de deux autres que je réduisis également. Etant bien actionné après ces Kaiserlites, je leur disais en allemand : « Rendez-vous, soldats ! sinon vous

allez être tous hachés ; point de résistance, nous sommes

‘ l’avant-garde de mille chasseurs à cheval qui arrivent par

ici!...» Dans ce moment, je me trouvais auprès de mon capitaine qui cherchait le commandant de cette troupe, lequel parut bientôt sortant d’une maison avec plusieurs officiers, le bourgmestre et quelques paysans. Ils se présentèrent devant notre capitaine qui se trouva bientôt accompagné du lieutenant Chenavard, du sous-lieutenant Naudet, de plusieurs chasseurs et de moi qui nousétions réunis et formions un cercle autour des Autrichiens. Alors leur commandant s’annonça le premier, en allemand, d’un ton fier, dont voici à peu près l'explication de ce que j'ai pu comprendre. « Quoi! messieurs les Français, vous allez bien vite! que venez-vous faire par ici ? que nous voulez-vous ? » — Cette question nous fit bien rire. Notre capitaine répondit sur le même ton, parlant aussi allemand : « Messieurs, nous vous faisons la guerre, voilà ce que nous voulons: ce sont les plus malins qui attrapent les autres, et vous êtes tous nos prisonniers ; rendez-nous vos armes et il ne vous sera fait aucun mal; nous sommes l’avant-garde d’une colonne de cavalerie et d'infanterie française qui arrive par ici. D’ailleurs toute résistance de votre part serait inutile. »

Alors les officiers demandérent quelques conditions pour une capitulation honorable, à quoi notre capitaine répondit : «Je n’accepte aucune condition, j'ai l’ordre de vous désarmer et de vous emmener à mon général. C’est de lui que vous aurez des conditions ; mes ordres sont tels. Vous

allez rassembler vos soldats et marcher avec nous. » Tous

les officiers autrichiens se concertèrent entre eux, et, voyant tous leurs soldats pris sans résistance, ils remirent leurs sabres et leurs épées à notre capitaine et au lieute-

nant qui les faisaient prendre par des sous-officiers qui

étaient là. Je pris aussi à deux de ces officiers un sabre et une épée. Ensuite notre capitaine alla s'occuper d’autre chose, tandis que nous gardions le corps d'officiers. Puis chacun de nous se disposait à rançonner ces Kaiserlites, lorsque je m’occupai aussi à parler allemand à un jeune officier qui n’était pas plus âgé que moi; je lui disais hardiment : « À présent, M. l'officier, donnez-moi votre argent; tout ce que vous avez est à moi par le droit de la

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