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NOUS RAMENONS NOS PRISONNIERS

portefeuille et mon porte-manteau fournis ; jamais je ne m'étais vu si riche.

Le lendemain, à la pointe du jour, nous nous remimes en route avec nos prisonniers; nous en avions perdu huit qui se laissèrent mourir de froid et de fatigue dans la neige. Bientôt après avoir quitté notre bivouac, nous trouvâmes un village nommé Vinkler, où nous fimes halte pour déjeuner, c’est-à-dire que personne ne quitta son rang ; notre capitaine nous fit apporter des vivres par les habitants, si bien que nous et nos prisonniers en avions de reste. Ensuite nous continuâmes notre marche et nous arrivâmes sur la grande route de Klagenfurt, et, vers les onze heures du matin, nous nous trouvâmes à Sachsembourg, petite ville de la Carinthie, où se trouvait alors le quartier général de.notre division. Là, nous déposâmes nos prisonniers que l’on réunit avec d’autres qui s’y trouvaient déjà ; puis notre capitaine ayant rendu compte de sa mission au général Boudet, en reçut des louanges honorables pour lui et sa compagnie.

Adieu, cher ami, je t'embrasse. — Nous avons perdu notre régiment de vue et nous ne savons pas de quel côté il dirige sa marche, ni quand nous le retrouverons.

LE CHATEAU D’ABONDANCE. — LA FARCE DU DINDON. — ÉPOQUE DE LA BATAILLE D’'AUSTERLITZ. — TERRIBLE INCENDIE.

Kindberg, le 6 décembre 1805.

Mon ami, le jour où notre compagnie arriva à Sachsembourg, notre régiment en était parti le matin pour se porter sur Judenbourg, par la vallée de Neumarck. Notre compagnie se mit en marche comme pour suivre la même route, mais arrivée à la petite ville de Spital, nous y trouvâmes une compagnie du 6° hussards qui avait aussi été détachée de son régiment et qui l’avait aussi perdu de vue; alors les deux compagnies se réunirent et formèrent un escadron pour marcher en partisans, suivant les ordres du général Vignolles, chef de l’état-major général, qui nous indiqua les nouvelles directions que nous devions suivre. Ainsi nous parcourûmes plusieurs vallées de la Styrie, par

Gmund, Longau, Rammstein, Murau, Obervolz, Untz Markt, etc., tous pays environnés de montagnes, mais où nous ne manquions de rien. Cependant nous nous attendions chaque jour à rencontrer des partis ennemis, il fallait nous tenir sur nos gardes ; mais l’ennemi ne parut pas. Dans chaque endroit où notre escadron arrivait pour rafratchir ou pour reposer, l'on faisait bombance chez les paysans et l’on s’amusait suivant que l’occasion le permettait. Il fallait que je sois sage, car je devais toujours être auprès de mon capitaine (en cas d’alerte ou d'ordre dans un détachement, le trompette ne doit pas quitter le chef), et je ne m'en trouvais pas plus mal.

Cette marche dura huit jours ; les deux compagnies se séparèrent à Judenbourg, belle petite ville sur la grande route de Vienne. Là, nous retrouvämes noire régiment après dix jours d'absence ; ensuite nous nous porlâmes à Leoben, où le quartier général de notre corps d'armée demeurait depuis environ un mois.

De Leoben, notre régiment se porta dans les environs de Burck et vint occuper un grand village, à l'écart de la grande route, très bien situé au pied d’une longue côte couverte d’une belle forêt de sapins, ce qui offre un beau coup d’œil dans ces environs. Ce jour-là, notre capitaine s’empara avec sa compagnie d’un château assez considérable avec la ferme qui en dépendait : les maîtres s’en étaient sans doute absentés pour faire place aux nouveaux venus. Nous nous trouvâmes absolument les maîtres de ce chàteau où chacun occupa la place qui lui convenait. Il y avait des ressources pour toute notre compagnie, surtout du vin en abondance ; ce fut un remue-ménage assez divertissant où chacun profitait de quelque chose.

Dans cette situation agréable, l’on me fit une farce dont je me souviendrai longtemps. Ce n’est qu’une plaisanterie sans conséquence, puisque le sujet est un dindon rôti; mais c'est pour te donner un aperçu des tours qui se font parmi nous. Comme trompette, je n'avais pas perdu l’occasion d'aller me camper dans l’intérieur du château avec mon capitaine qui s’y trouvait à son aise avec les officiers et les sous-officiers de la compagnie et leurs chasseurs, sans compter les allants et les venants. Chacun ayant fait ses

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