‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 68 sur 190 · TERRIBLE INCENDIE · texte numérisé non relu

TERRIBLE INCENDIE

me trouvais justement à l'état-major comme trompette de service ; nous avions établi notre petit bivouac dans un coin de la maison où étaient logés notre colonel et sa suite : c'était une hôtellerie assez considérable. Lorsque vers les deux heures après minuit, un incendie terrible se manifesta dans la grange et les écuries attenant au corps de bâtiment principal. Comme notre petit poste n’en était pas éloigné, je fus un des premiers qui aperçurent le danger, en entendant un bruit sourd et le pétillement des flammes. Bientôt des chasseurs sortirent de la grange criant : « Au secours, mes amis ! » À l'instant, je montai à cheval de mon propre mouvement et je sonnai la générale. Cet événement se communiqua rapidement dans tous les bivouacs de notre régiment qui fut éveillé en sursaut, et en cinq minutes, tout fut en confusion pour porter des secours qui devinrent inutiles, vu que la grange et les écuries s’étaient enflammées avec une telle violence qu’on ne pouvait plus en approcher.

Mais le corps de bâtiment où logeait notre colonel fut sauvé car il était bâti en pierres ; le feu se communiqua à plusieurs maisons voisines qui étaient, comme la grange et les écuries, construites en bois de sapin, et en moins d’une heure, tout fut embrasé. Il y eut 20 chevaux brülés, ceux du colonel, du major, des chefs d’escadron, de l’adjudant-major, du chirurgien-major, des deux adjudants et des chasseurs domestiques ; les selles, les effets d’équipement et d'armement, tout fut brûlé, tout est perdu sans ressources. On ne sait pas encore comment cet événement est arrivé; celui qui en est cause ne s’en vante pas; heureusement encore que personne n’a péri. Les chasseurs qui furent surpris au milieu de l'incendie, eurent à peine le temps de se sauver à travers la flamme et la fumée. Le reste de la nuit se passa dans une confusion et un charivari inexplicables dans cet endroit ; ceux qui étaient indifférents et qui se plaisaient dans le désordre riaient du dommage des autres; on disait: « C’est le feu de joie pour conserver la mémoire de la bataille d’Austerlitz. »

Je voyais cette scène avec une espèce de curiosité, comme l’on voit une belle horreur. Au milieu d’une nuit obscure, l’on était éclairé par des flammes dévorantes. Notre colonel

donnait quelques ordres, sans paraitre affecté de la perte qu'il éprouvait ; il plaisantait encore les officiers supérieurs qui restaient comme lui dépourvus de tout. Lorsque le jour fut venu, ils furent obligés d'emprunter des chevaux afin de ne pas marcher à pied.

Ainsi, mon ami, va le monde; une moitié bouleverse l’autre; malheur au peuple qui éprouve le fléau de la guerre! Si ce malheur devait un jour peser sur notre belle France, il vaudrait mieux que tous les Français prissent les armes et quittassent leurs foyers pour combattre et repousser les ennemis ; tel est mon sentiment, tout sacrifier pour l'honneur et la défense de sa Patrie.

QUERELLE AVEC GLOËS. — DuEL A CHEVAL.

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