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L'HÔTEL DES TROMPETTES

tions nécessaires pour une bataille prochaine, joint à cela une certaine joie que l’on éprouvait d’avoir fait jonction avec l’armée d'Italie; celle-ci éprouvait le mème sentiment par rapport à l’armée de Hollande, ce qui semblait être un jour de fête qui présageait déjà la victoire.

Ainsi nous avancions vers les murs de Neustadt, lorsque vers les dix heures du inatin, le bruit du canon se fit entendre et toute l’armée française apprit bientôt la nouvelle d’une suspension d’armes.

Ce mème jour, les Français prirent leurs positions et notre armée cantonna dans les environs de Neustadt jusqu’à nouvel ordre. Le 8e régiment de chasseurs revint occuper Neykerk le 11 décembre.

Je te dirai que j’évite autant qu’il m’est possible la présence de mon capitaine, que je redoute de rencontrer; je suis averti qu’il veut me chagriner; je me passerais bien de lui, et je m’étourdis là-dessus.

‘SUITE DE LA PRÉCÉDENTE. — L’HOTEL DES TROMPETTES. — RENCONTRE AVEC LE CAPITAINE. — SAUVE-QUI-PEUT. — ÆENTREVUE AVEC LE COLONEL CURTO. +

De Neykerk, le 17 décembre 1805.

La voilà donc arrivée cette scène que je redoutais! C’est là le cas de dire: on ne peut fuir son malheur. Mais ne

précipitons rien, prenons d’abord les choses en douceur et puis nous verrons comme tout cela s’est passé; réfléchissons un peu, Car je ne sais pas ce que tout cela veut dire; et que deviendrai-je si je continue?

Notre régiment est toujours à Neykerk, occupant cette petite ville qui est riche; nous nous tenons logés chez les habitants, à discrétion. Que ce séjour nous semble bon! Depuis que nous avons passé le Rhin, nous avons toujours bivouaqué à l'injure du temps; je puis dire ne m'être déshabillé que momentanément pour me nettoyer; je n’ai pas couché une seule fois dans un lit. Juge si nous sommes heureux à présent que nous en avons des bons et qu'il ne nous manque rien. Notre colonel nous a fait loger, tous les trompettes ensemble, dans une Gutt-Virtz-hauss où

bonne hôtellerie qui se trouve à côté de son logement, afin d’être à portée de nous avoir à sa disposition pour le service. Là, nous nous trouvons réunis quinze trompettes, et, sans exagérer, l'on ne peut trouver dans le régiment de plus grands espiègles ni de plus fameux farceurs. Nous avons mis notre enseigne à « l'Hôtel des Trompettes », que nous avons substituée à « l'Hôtel du Paon d'Or ». C'est pour te dire que, hors notre service, nous faisons bombance du matin au soir, nous nous faisons servir dans le bon genre; notre hôtel offre toutes sortes de ressources, surtout en bon vin de Hongrie; nous donnons bal tous les jours et, le plus souvent, nous passons les nuits à nous divertir. Nous nous trouvons pour ainsi dire noyés dans nos folles extravagances; notre hôte et ses gens perdent la tête avec nous; il préférerait, nous dit-il, avoir trente autres militaires que les quinze diables de trompettes. Qu’a-t-il à se plaindre? nous rions toujours, nous nous ainusons, nous ne lui faisons pas de mal et nous lui payons le superflu.

C’est au milieu de notre joie que je fus troublé par mon capitaine qui arriva bien mal à propos me faire une scène terrible, et qui fit pour un moment diversion à mon bonheur. C'était le troisième jour de mon heureuse situation, j'avais bien pris mes précautions afin d'éviter sa présence, parce que je savais qu'il voulait me faire passer un mauvais quart d'heure, et j'espérais que le temps calmerait son animosité à mon égard; mais je m'’abusais. Ce jour-là, je me trouvais dans la rue à la porte de notre hôtel, quand, au moment où j’y pensais le moins, arriva passer près de moi mon capitaine qui allait sans doute chez le colonel. Surpris, je le saluai modestement, puis il s'arrêta devant moi en me disant d’un ton imposant: « Ah! te voilà, drôle ! je suis content de te trouver là; qu’as-tu fait de la carabine à deux coups dont je t'avais chargé l’autre jour?» Je lui répondis avec une douceur mêlée de fermeté : « Ah! mon capitaine, vous me prenez par mon faible et je prévois que mon aveu va vous fàcher! — Réponds-moi, qu’en as-tu fait, que tu ne me l’as pas rapportée? — Capitaine, que vouliez-vous que j'en fisse, je n’en avais pas besoin, elle m'embarrassait au point qu’elle eût brisé ma trom-

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