‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 74 sur 190 · LA PAIX · texte numérisé non relu

LA PAIX

Dans cette espèce d'alerte, quand on dérangeait la paille d’un côté, l’on jetait le feu de l’autre. Les chevaux qui se trouvaient attachés après les haïes qui entouraient le bivouac, s’effrayaient ; plusieurs étaient lâchés et l’on criait : « À qui les chevaux qui se sauvent! » et chacun courait au sien. Si bien que l’on renonça à éteindre le feu, et l’on se mit à rire.

Cependant, au point du jour, la compagnie, qui devait venir nous relever, arriva. Comme c'était la coutume, [a grand'garde se relevait tous les matins, et le poste qui était relevé partait aussitôt à la découverte. Alors je partis . en avant de notre compagnie avec les éclaireurs, et nous arrivâmes bientôt à Wildonn, où nous fimes préparer le déieuner pour la compagnie.

Ensuite nous poussâmes notre reconnaissance plus avant; bientôt notre avant-garde rencontra celle des hussards autrichiens du régiment de Blankenstein ; la reconnaissance se fit amicalement ; les hussards nous annoncèrent les premiers la nouvelle de la paix entre les deux nations, qui devait être publiée positivement ce jour-là. Ils nous annon- .<èrent aussi qu'ils amenaient avec eux un capitaine et un trompette de dragons français qui avaient été faits prisonniers dans le cours de cette campagne, et qu'ils venaient nous les rendre. Alors l’on se disposa à faire cette réception en conséquence ; les chasseurs et les hussards revinrent ensemble à Wildonn comme amis, et l’on se fit réciproquement des honnèêtetés ; chacun dans son grade fit son choix.

J'invitai donc le trompette de dragons et celui des hussards autrichiens : plusieurs chasseurs et hussards se réunirent à nous, l'on se traita avec égard de part et d’autre, les bouteilles de vin et d’eau-de-vie faisaient la ronde successivement, si bien que nous nous trouvâmes bientôt tous la tète échauffée et en ribotte,et entre cavaliers, chacun se faisait valoir suivant sa bravoure. Cette entrevue durait depuis une heure, lorsque nos chefs nous rappelèrent pour partir chacun de notre côté, et les deux troupes se séparèrent amicalement.

MoN CAPITAINE ME RATTRAPE. — ENCORE UNE DE MES ESPIÉGLERIES. UN MOMENT DE CONVERSION. — LA PRISON DE GRATZ.

De Gratz, le 16 janvier 1806.

11 m'était difficile, mon ami, d'échapper à la clairvoyance de mon capitaine ; il fallait que tôt ou tard je sentisse l’effet de son autorité, puisqu'il voulait me tenir dans ses filets. 11 s’était sans doute ménagé cette occasion à la fin de la campagne, lorsqu'il pourrait me tenir à son aise. Enfin il m'a fallu succomber et voici l’aventure : Lorsque de retour de Wildonn avec notre compagnie, j'avais la tète échauffée de la ribotte que je venais de faire avec les Autrichiens et que, chemin faisant, je disais et je faisais des petites folies, mais gaiment avec mes camarades, mon capitaine voulut s’apercevoir que je tourmentais mon cheval ; il prit cela pour prétexte, en me faisant dire que je fisse attention à moi, qu’il n’aimait pas me voir en ribotte, et qu’à la descente de la garde, il aurait soin de moi. Je fis seulement réponse que je ne faisais pas pis que mes camarades ; puis je m’observai tranquillement Île reste du chemin. Cela n’empècha pas mon capitaine de tenir sa promesse, car aussitôt notre retour à Gratz, je n’eus pas sitôt mis mon cheval à l’écurie, que, sans me donner le temps de prendre mon porte-manteau et mes autres effets pour les porter à mon logement, un maréchal des logis (Elminger) vint à moi, de la part du capitaine, me signifier l’ordre de le suivre en prison. C'était là le moment d'être soumis et obéissant, j'aurais désarmé mon capitaine par ma résignation ; mais me figurant que je ne devais pas être l’esclave des caprices d’un capitaine, je m'opposai d’abord à cette signification précipitée ; je voulais savoir pourquoi j'étais désigné plutôt que mes camarades, puisque je n’avais pas plus qu'eux mérité d’être puni ; je voulais qu'Elminger me laissât au moins le temps de porter mes effets à mon logement, et je voulais aller parler au capitaine pour le remercier de sa préférence.

Elminger, qui était aussi ardent que zélé à suivre les ordres du capitaine, ne voulut pas comprendre mes raisons,

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