‹ Ma vie militaire 1800-1810Chapitre 79 sur 190 · ON ME VOLE MON BUTIN · texte numérisé non relu

ON ME VOLE MON BUTIN

à faire un nouvel apprentissage. Nous sommes obligés d’avoir affaire tous les jours avec des paysans ou contadini brutaux et méchants, chez lesquels je me trouve logé avec six chasseurs. Or, c’est dans ce logement que je viens d’éprouver une perte qui me sera longtemps sensible.

Il n’y avait que quatre jours que nous étions arrivés à Venzonn, lorsqu'un chasseur du mème logement, nommé Mougnard, Famand de nation, profita d’un moment où tous ses camarades étaient absents pour nous voler à son aise. Î1 fouilla aussi dans mon porte-manteau et y prit tout ce que je possédais de meilleur en butin, c’est-à-dire qu'il m'enleva une chaîne et une croix en or, deux paires de boucles d'argent, une douzaine de gros boutons d'argent, deux cuillères d'argent, trois beaux mouchoirs de soie noire et couleurs mêlées, deux paires de bas de soie blanche, le tout pouvant être estimé à 200 francs, seul reste du butin de ma campagne que j'avais pu ménager. Eh bien ! mon ami, tout est perdu pour moi !

Ce coquin de Mougnard, après nous avoir volés complètement, tandis que nous étions au pansement de nos chevaux, se rendit à l'écurie après le pansement, lorsque tous Les chasseurs en étaient sortis; là, il sella et équipa le cheval du chasseur Veber, l’un des meilleurs chevaux de la <ompagnie ; on le vit partir avec armes et bagages, l’on crut qu'il allait en ordonnance dans un cantonnement, et il se sauva vers la frontière. Dès qu’on se fut aperçu de ce tour, des sous-officiers et des chasseurs bien montés se dirigèrent sur les traces du déserteur jusqu’à Ponteba, où ils apprirent que Mougnard avait passé le torrent et qu'il se rendait sous la protection des Autrichiens, de manière que des cavaliers de cette nation, qui se trouvaient déjà à Ponteba, empèchèrent nos chasseurs de pénétrer plus avant sur leur territoire. Ainsi, mon ami, telle peine que j'éprouve, il faut me résigner à cette perte. Je te dirai aussi que nous ne sommes pas heureux à ce maudit Venzonn, et je ne sais si ce triste séjour durera longtemps. L’administration de notre régiment n’est pas encore organisée, nous ne recevons ni rations, ni paye; nous vivons d'emprunt ; nous sommes mal nourris chez les paysans contadini auxquels nous disputons un peu de polenta. Nos chevaux sont

encore plus mal, on ne leur distribue qu'un peu de fourrage ou herbes sèches que les paysans recueillent sur les montagnes, et, au lieu d'avoine, on leur donne du maïs ou blé de Turquie que la plupart ne mangent pas. Ils dépérissent à vue d'œil ; plusieurs sont déjà crevés, et je crois que le mien sera bientôt de ce nombre ; je m'en moque, car ce n'est plus qu'une rosse.

JE VENDS LA PEAU DE MON CHEVAL. — MÉDARD VIENT INTERROMPRE. NOTRE JOIE. — LE CACHOT. — MA SOUMISSION. — MA GRACE. — Buou.

Venzonn, le 27 avril 1806.

Si je suis destiné, mon ami, à éprouver toute la rigueur du sort militaire pour avoir de l'expérience et parvenir à être raisonnable, il est temps que je commence à y faire attention, car depuis que je t'écris, je ne me souviens pas de t'avoir rendu compte d'aucune bonne action de ma part, mais bien toujours de folie, des sottises et d'étourderies. En y réfléchissant, je ne vois partout dans ma conduite que de très mauvais exemples ; la fatalité m’entraine toujours ; en voici encore une preuve que je vais te rapporter, tant il est vrai que j'ai éprouvé à Venzonn le plus rude exemple de l’adversité que mon cœur ait jamais senti, et qui doit contribuer, je l’espère, à me corriger. Mais ce qui me console encore, au milieu de tous ces contretemps, c’est que je ne fais jamais de bassesses, ni rien qui puisse me déshonorer, et je trouve toujours dans mes bonnes ou mauvaises avisions (sic) les moyens de me tirer d’embarras. L'aventure qui m’arriva vers le 20 mars dernier, eut des suites terribles pour moi, mais un résultat. salisfaisant.

Un matin, mon cheval fut trouvé mort dans l'écurie, n'importe comment ; j'avais peut-être contribué à l’expédier, afin de ne pas le laisser souffrir longtemps, et puis j'étais. bien aise d’en être débarrassé, car un cavalier qui est dégoûté de son cheval n’a aucun plaisir à servir, ce qui fit que je voulus en boire un bocal de joie, qui me coùta cher. Dans la même matinée, sans consulter personne,

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